Pourquoi certains groupes de transition vivent des conflits violents ?

Un article écrit par Josué Dusoulier le 11 octobre 2021

Photo by Chelsea Bock on Unsplash

Le Réseau Transition a été fondé et a grandi à partir d’une vision et de valeurs profondément humanistes et émancipatrices. Et pourtant, l’asbl a connu une période conflit assez violent qui a généré beaucoup de souffrance. Aujourd’hui, nous observons que ce qui s’est passé est arrivé à d’autres projets positifs et emblématiques. Nous pensons qu’il est de notre responsabilité d’apprendre et de transmettre ces apprentissages afin qu’ils deviennent des ressources pour d’autres qui passerons par des moments difficiles.

Nous avons démarré sur la volonté de créer d’autres possibles, de transformer la société de manière positive, de libérer l’énergie et la créativité des individus pour qu’ils/elles deviennent davantage acteurs de changement positif, de semer des graines de changement et espérer que d’autres allaient en récolter le résultat pour semer à leur tour, de vivre une forme de permaculture humaine dans nos projets collectifs, de partager le pouvoir de manière saine, d’apprendre et de grandir ensemble sur le chemin de la transition, d’incarner le changement que nous voulons voir dans le monde…

Cela se traduit par des projets très concrets tels que des initiatives de transition, des jardins nourriciers, des vergers collectifs, des écoles alternatives, des coopératives autour de la relocalisation alimentaire ou énergétique, des monnaies locales, des événements rassembleurs, la création de nouveaux imaginaires… Aujourd’hui, on sait assez bien comment développer concrètement ce type de projet.

Participer à ce mouvement se traduit aussi par un cheminement personnel et collectif pour transformer notre culture, notre rapport au vivant, aux autres et à nous même.

Un grand nombre de personnes merveilleuses ont rejoint cette aventure, ont apporté leur contribution avec passion et dévouement.

Et pourtant, ces dernières années, l’asbl Réseau Transition a vécu une période humaine compliquée. Un conflit a dégénéré gravement et créé beaucoup de souffrance chez les personnes impliquées. Nous avons découvert que si nous savions bien comment développer et réaliser des projets concrets, en tant que mouvement, nous avions encore beaucoup à apprendre sur comment vivre ensemble ces aventures dans les moments difficiles. Qu’il ne suffisait pas d’aller dans la même direction pour être vraiment profondément sur la même longueur d’onde ou à l’écoute des uns et des autres.

Photo by Max LaRochelle on Unsplash

Ainsi, nous avons vu se reproduire au sein de ce beau projet des mécanismes bien connus et que l’on peut observer dans la société autour de nous : hyper-investissement affectif, difficulté à recadrer de manière équilibrée/appropriée les comportements qui mettent le collectif en danger, tentatives de prises de pouvoir, mécanismes de domination systémiques, mécanismes de bouc émissaire, projection de ses ombres et souffrances sur d’autres, difficulté à accueillir et comprendre certains comportements et certaines souffrances, problèmes personnels qui affectent le collectif, tentatives d’exclusions, retournement parfois violent contre certains leaders originels, départs théâtraux en projetant de la rancœur sur les autres, conflit d’intérêt, épuisements ou encore bashing… Il est donc peu de dire que beaucoup d’espoirs ont été déçu.

Cette crise humaine a entraîné une autre crise, financière cette fois. Dont l’asbl essaie de se sortir en ce moment comme c’est expliqué ici.

Au milieu de tout cela, nous aurions pu nous décourager. Honnêtement, cela a parfois été le cas. Nous aurions pu abandonner et nous réfugier dans la croyance que l’humanité n’est pas prête pour ce changement de paradigme dont elle a besoin et que beaucoup souhaitent.

Au sein de l’asbl, nous avons fait le choix de traverser cette période, de vivre avec cet inconfort et de nous laisser le temps de sentir que quelle manière nous pouvions sortir de tout cela, en étant fidèles aux intentions de départ. J’ai aussi fait ce choix à titre personnel. C’est ce qui m’a permis de tenir dans les moments ou la violence se retournait contre moi, et cela me permet de pouvoir témoigner aujourd’hui. J’ai appris que le chemin de transition n’est pas une ligne droite en béton qui est facile à parcourir…  C’est plutôt un sentier sinueux en forêt où, à certains endroits, un arbre est tombé et il faut l’enjamber pour pouvoir continuer à avancer. A d’autres endroits, il faut pouvoir faire demi-tour car on s’est trompé d’embranchement et on s’éloigne de notre destination.

Le chemin de transition n’est pas une ligne droite en béton qui est facile à parcourir…  C’est plutôt un sentier sinueux en forêt où, à certains endroits, un arbre est tombé et il faut l’enjamber pour pouvoir continuer à avancer. A d’autres endroits, il faut pouvoir faire demi-tour car on s’est trompé d’embranchement et on s’éloigne de notre destination.

Ensemble, nous sommes sur un chemin d’apprentissage qui implique d’oser aller à la rencontre de nos parts d’ombres, de nos erreurs, de nos responsabilités individuelles et collectives. Nous pensons qu’il est de notre responsabilité de témoigner de ce que nous avons vécu et appris. Car cela peut arriver à tous les collectifs, et c’est d’ailleurs le cas pour un certain nombre d’entre eux. Avec pour résultat le découragement de nombreuses personnes de qualité qui parfois se retirent blessées et stoppent leur implication dans cette transition qui a pourtant besoin de nous tou·te·s.

Si nous voulons vraiment soutenir l’émergence de cette transition, nous avons besoin d’être capables d’apprendre à traverser ces périodes difficiles. Et à soutenir davantage les personnes pour qui c’est plus difficile.

Pour nourrir cette intention, je vous propose de regarder cette vidéo qui m’a été partagée récemment, il s’agit d’un témoignage qui évoque un autre projet qui a aussi traversé un grave conflit. Celui du hameaux du Buis, un projet d’écovillage autour de la Ferme des enfants, une école alternative initié par Sophie Rabhi. Nous sommes plusieurs membre du Réseau Transition à voir beaucoup de similitudes entre ce que dit ce témoignage et ce que nous avons vécu. Les pistes de compréhension et les apprentissages proposés nous parlent beaucoup. Pour nous, ce témoignage montre que ce qui s’est passé au sein de l’asbl Réseau Transition arrive aussi à d’autres projets merveilleux. Nous ne sommes donc pas seuls à nous être « plantés ».

Aujourd’hui, il ne sert à rien de rejeter la responsabilité sur les uns ou les autres… Car cette responsabilité est partagée. Certaines parts d’ombre de la société actuelles se sont exprimées à travers nous, comme elles le font à travers d’autres. Par contre, nous pourrions apprendre ensemble à ne plus laisser ces mécanismes se répéter, nous améliorer, retisser les liens abîmés, prendre soin des souffrances, transmettre nos apprentissages, avec justesse et humilité. C’est ce que je nous souhaite.

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