Le steak des élections, la cuillère de la Transition

Article écrit avec la contribution de l’équipe et du conseil d’administration du Réseau Transition. Ont contribué à cet article : Caroline de Ixelles en Transition, Isabelle de Soignies en Transition, Manon de Waterloo en Transition, Szymon de Gesves en Transition, Josué de l’équipe et de Ath en Transition, François-Olivier de l’équipe et d’Etterbeek en Transition et Mayliss de l’équipe et d’Ixelles en Transition, Vincent Wattelet, équipe et Transition Intérieure Liège.

En octobre 2018, la Belgique sera appelée aux urnes : direction les communales.

Les autorités locales sont celles qui sont le plus proche du niveau d’action des initiatives de Transition. Des films récents, tels que “Qu’est-ce qu’on attend” de Marie-Monique Robin font rêver. Et si nos élus se plongeaient -corps, âme et mandat- dans la Transition ?

Par ailleurs, nous voyons émerger un nouveau courant fortement porté à l’échelle locale : les listes citoyennes animées par des questions comme :” Si les partis traditionnels ne répondent pas à nos besoins de changement, pourquoi ne pas nous engager en tant que citoyen ?”

Dans ce contexte, nous recevons au Réseau Transition de nombreuses sollicitations et questions de la part des initiatives de Transition. Quelle est la place d’une initiative locale et citoyenne dans les élections ? Doit-on s’engager pour un parti ou créer nos propres listes? Comment faire entendre la voix des citoyens dans cette période où les futurs élus se veulent plus à l’écoute (pour construire un programme qui les fera élire) ?

Plus important : « Peut-on couper le steak des élections avec la cuillère de la Transition ? » (Traduction libre d’une expression de Rob Hopkins).

Notre équipe et nos bénévoles se sont penchés sur la question de l’engagement des initiatives de Transition dans la course à l’élection et ont identifié un certain nombre d’opportunités et de risques.

S’impliquer dans la politique et entretenir un rapport sain, constructif et visionnaire entre initiatives de Transition et institutions politiques est important pour notre démocratie et peut même être un accélérateur de celle-ci. Nous sommes conscients que les mouvements citoyens seuls et isolés ne seront pas suffisants pour répondre aux défis de nos sociétés. Néanmoins, l’engagement de votre initiative dans la vie politique locale doit se faire avec prudence.

Tout d’abord, il nous est apparu qu’utiliser votre initiative de Transition comme bannière pour une liste citoyenne peut être dommageable pour l’initiative. En effet, une liste citoyenne s’inscrit dans les complexes lois qui régissent les élections et peut revenir à créer un parti politique local avec toutes les conséquences légales qui lui incombent. Par ailleurs, afin d’élire une liste citoyenne, il faut réunir un nombre important d’électeurs et ce avant même d’avoir mené une seule action alors qu’une initiative de Transition composée de 5 personnes peut déjà mener de beaux projets concrets.

Deuxièmement, l’engagement en politique (que ce soit via une liste citoyenne ou en se prononçant au nom de l’initiative pour tel ou tel parti) peut vite cloisonner votre initiative et fermer la porte à ceux qui auraient voté d’une autre manière. D’autant plus que la constitution d’un Collège communal nécessite souvent des coalitions et donc des choix, des exclusivités. La force des initiatives de Transition est précisément d’être inclusive. On y retrouve d’ailleurs des personnes qui ne votent pas toutes de la même façon, et c’est très bien comme cela. Notre système électoral bâti tant sur les coalitions que sur les oppositions ne rencontre que difficilement cette éthique d’inclusion et de diversité que l’on retrouve dans ce mouvement de la Transition où nous évitons de « s’opposer pour s’opposer » et où nous cherchons à construire avec l’ensemble des acteurs, y compris politiques.

Si une initiative de Transition se lance en tant que parti politique (liste citoyenne ou autre affiliation), elle devra sans doute attendre de remporter un succès électoral pour implémenter une partie de ses actions. Par ailleurs, que se passe-t-il si cette liste perd ? Les opposants à cette liste citoyenne pourraient devenir des « freins » de l’initiative et vouloir saboter tout mouvement citoyen vu comme un concurrent électoral.

Cette logique de gagner/perdre propre à notre système électoral nous semble appartenir à une catégorie différente du mouvement de la Transition, dans lequel les initiatives sont actives selon leurs capacités et à leur échelle, et ce quelle que soit leur position ou taille.

Par ailleurs, il nous semble important de rappeler que la Transition peut parfaitement être considérée comme une action politique (dans le sens de citoyenne et engagée dans la vie de sa communauté). Cette vision très large permet entre autres de sortir des échéances électorales et des ses clivages.

Pour conclure, il n’est pas de notre ressort d’interdire à qui que ce soit -individu ou groupe- de se lancer en politique. L’implication dans le domaine politique est même une excellente chose pour nos démocraties. Le mouvement de la Transition est basé sur des initiatives autonomes et nous ne souhaitons certainement pas interférer sur des actions qui vous semblent justes.

Cependant, si vous jugez opportun de le faire, nous vous conseillons d’éviter de le faire au nom de votre initiative de Transition et de rester clair et transparent quant à de potentiels conflits d’intérêts (ce conseil est aussi valable pour des porteurs de projets commerciaux par exemple).

Qu’en est-il si une personne, ou plusieurs, actives dans votre initiatives souhaitent s’engager à leur nom dans une liste ? Voici quelques conseils :

  • Elle est évidemment libre de le faire !
  • Il est important de clarifiez en interne ce que cela veut dire en terme de communication : peut-elle communiquer sur son engagement dans l’initiative de transition ? Est-elle porte parole pour l’initiative ?
  • N’hésitez pas à communiquer sur vos médias les éléments de clarté.
  • Demandez à chacune/chacun de nommer avec quelle casquette il parle (je parle en tant que…) lors des réunions pour visibliser aux maximum les potentiels conflits d’intérêts.

Pour une réflexion antérieure sur les élections : http://www.reseautransition.be/articles/les-elections-du-25-mai-et-la-transition-dans-tout-ca/


Puisque vous êtes ici…

… nous avons une faveur à vous demander. Il n’y a jamais eu autant de monde à s’impliquer dans le mouvement de la Transition en Belgique et à travers le monde, mais il est pourtant de plus en plus difficile de financer nos missions de base : favoriser l’émergence et le déploiement de la Transition à travers des formations, du support, des événements, des témoignages…

Si toutes les personnes qui sont impliquée ou lisent et apprécient les contenus sur notre site contribuent financièrement, l’action du Réseau Transition sera pérennisée et renforcée. Même pour 5 €, vous pouvez soutenir la Transition - et cela ne prend qu’une minute. Merci !

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4 thoughts on “Le steak des élections, la cuillère de la Transition

  • 22 juin 2017 at 14:05
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    chouette et utile comme article

    Reply
  • 23 juin 2017 at 17:02
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    La question de la relation au politique est régulièrement abordée au sein de notre groupe. Merci d’alimenter notre réflexion par votre travail. Je transmets l’information au sein de notre initiative. Je retiens avant tout que l’une des valeurs fondamentales du Réseau et des initiatives est l’inclusion.

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  • 5 mars 2018 at 16:08
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    Merci pour cet article, très utile.
    Faire un travail « politique » sans « faire de la politique » donc,
    Continuons la réflexion …

    Emile

    Reply
  • 6 mars 2018 at 10:39
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    Bonjour,
    j’ai moi-même été approchée vu mon implication dans les actions de transition, pour aider à concevoir un programme politique pluriel dans ma ville. Pour l’instant, même si la liste n’est pas formée, on sait déjà qu’elle sera plurielle, et que la part citoyenne sera importante, du moins dans le programme, qui est en cours de réalisation par des groupes de travail qui ont été formés, selon les affinités thématiques de chacun, que ce soit gouvernance, cadre de vie, redynamisation du centre ville, jeunesse, environnement, etc… et il existe des gens de toutes opinions et sans couleur politique qui travaillons à l’élaboration d’un programme « pour »… entretemps, d’autres listes se constituent, incluant aussi une couleur citoyenne à leurs programmes.

    Reply

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