« Le rapport qu’on entretient avec le vrai, c’est le rapport qu’on entretient avec la vitalité »

13131_alexandre-jardin_440x260Il y a quelques jours, je découvrais une interview vidéo d’Alexandre Jardin au sujet d’un de ses livres : « Des gens très bien ». Je n’ai pas lu le livre et avant de voir cette vidéo, je ne connaissais pas son existence. Mais j’ai trouvé le témoignage vraiment fort… Et une résonance particulière avec la Transition m’a inspiré cet article. Et pourtant au premier abord, son livre, qui a déclenché une certaine polémique en France, n’a rien à voir avec la Transition. Il y parle de sa famille, et tourne autour de son grand père qui a collaboré avec les allemands pour déporter des juifs français durant la seconde guerre mondiale.

Le risque d’être vrai et le rôle des gens biens

Alexandre Jardin aborde dans cette interview les conséquences du risque qu’il a pris « d’être vrai », en mettant au jour des informations cachées, déniées, sur les crimes auxquels son grand père a participé. Il a constaté que si cela a un coût, qu’il y a des moments difficiles, cela permet aussi aux autres personnes d’être vrai, d’aborder avec vous des questions qu’ils n’osaient pas aborder auparavant. Ensuite, il met en avant la nécessité de mobiliser beaucoup de « gens très bien » pour organiser la déportation. L’histoire a montré que des personnes ordinaires, « des gens bien », ont fait des choses folles, voire monstrueuses, mobilisées par la morale et la culture de l’époque.

De la réaction de son fils de 13 ans qui a décidé d’assumer cet héritage face aux moqueries subies à l’école, il retient ceci : « on n’est pas responsables, mais on ne couvre pas, on n’est pas complices ». Il termine en insistant sur sa vision de notre rapport avec la réalité en disant ceci : « toutes les familles qui n’arrivent pas à vivre avec le réel sont des familles qui meurent. Tous les pays qui n’arrivent pas à vivre avec le réel sont des pays qui meurent. Parce que le rapport qu’on entretient avec le vrai, c’est le rapport qu’on entretient avec la vitalité ».

Découvrez la vidéo ici :

Et la transition dans tout ça ?

Lorsque l’on entre en transition, et que l’on décide de regarder le monde d’aujourd’hui de manière critique, on prend le risque de découvrir et de communiquer sur des informations qui remettent en question notre mode de vie et notre culture. 03-16-consommationPrenons l’exemple, un peu caricatural, d’une personne qui a un travail très bien payé. Elle a aussi une famille et est propriétaire d’une belle maison, de deux belle voiture récente, possède tous les gadgets technologiques dernier cri, part en vacance au loin plusieurs fois chaque année, fait du shopping et cède aux appels de la publicité…  Dans notre culture dominante, cette image du bon consommateur qui possède beaucoup de choses est considérée comme un exemple de réussite. Nous pouvons sans doute nous reconnaître au moins partiellement dans cette description, ou admettre avoir rêvé à certains moments de s’y reconnaître, car cette description correspond en fait à beaucoup de « gens très bien ». Des personnes qui veulent simplement bien faire dans le monde où elles vivent.

Mais lorsque l’on commence à regarder le monde avec un regard différent, en mettant au jour des informations cachées, déniées sur les conséquences de notre mode de vie et de notre culture, on fini par comprendre que cette personne va passer du statut de « modèle à suivre » à celui de « modèle de ce qu’il faut éviter de faire ». Cette prise de conscience peut être très violente et angoissante pour nous, mais aussi pour toutes les personnes que nous essayons de conscientiser. Qui vivrait cette situation facilement ? Finalement, ces personnes n’ont fait qu’être performantes et adaptées dans cette culture dans laquelle elles ont grandi. Elles pourraient même faire de nombreux achats de produits présentés comme « écoresponsables » sans se rendre compte de l’impact réel de ces achats. Entrer en transition passe donc par des moments difficiles avec soi-même et avec les autres, cela peut même parfois nous éloigner de certaines personnes qui ne sont pas prêtes à sortir du déni des côtés très destructeurs de notre mode de vie.

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Photo prise lors de la Conviviale 2.0

Mais aussi, entrer en transition nous met en contact avec des personnes qui ont choisi de vivre et d’agir pour mettre en place un mode de vie plus juste, plus heureux et plus soutenable. Cela nous permet de partager nos belles découvertes, nos idéaux, nos projets, et parfois aussi nos doutes. Les témoignages collectés révèlent souvent que les personnes dans les projets de transition se sentent plus en accord avec leurs valeurs, plus connectées à la nature, ont développé des relations plus authentiques, qu’elles ont retrouvé plus de sens et d’équilibre dans leur vie. Je me retrouve dans ces témoignages.

Tous responsables de nos actes ?

Dans la vidéo, la réaction du fils d’Alexandre Jardin est d’assumer être issu d’une famille qui a collaboré. Mais il ne s’en sent pas responsable, car il ne « couvre pas », il n’est « pas complice ». Et si nous étions nous aussi capables d’assumer, mais d’avoir participé à cette société consumériste qui détruit les bases de la vie sur Terre ? Sans en être vraiment responsables, car nous ne savions pas encore. Et si nous assumions dans une certaine mesure de continuer à le faire car il n’est pas possible de tout changer du jour au lendemain dans sa vie ou dans sa ville ?

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Photo prise dans un ascenseur quelque part à Bruxelles…

Mais qu’en même temps, nous ne couvrions pas, nous ne soyons pas complices. Que nous refusions de faire comme si tout cela était normal et pouvait continuer sans fin. Et si en même temps nous proposions et mettions en place des projets et des comportements visibles et exemplaires ? Et si cela permettait à d’autres, de plus en plus nombreux, de nous rejoindre ? Et si nous gardions le cap ensemble même dans les moments plus difficiles, lorsque l’on doute qu’il soit encore temps de faire quelque chose ? Et si plutôt que d’être culpabilisants, nous apprenions à aider d’autres à changer avec nous ? Et si l’alternative devenait plus attractive et tentante que la vie dans le système consumériste et en fin de cycle ? Et si les plus petites de nos petites actions permettaient que d’autres plus grandes se mettent en place ? Et si nous parvenions à porter ensemble un message et des projets porteur d’espoir, d’émotions, d’optimisme et d’une vie avec plus de saveur et de sens ?

Et si c’était de cela que nous sommes responsables ?

One thought on “« Le rapport qu’on entretient avec le vrai, c’est le rapport qu’on entretient avec la vitalité »

  • 12 juin 2014 at 16:55
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    Merci Josué pour ce bel article !

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