Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ?

“Au pessimisme de l’intelligence, il faut allier l’optimisme de la volonté”, écrivait Gramsci à son frère, depuis sa cellule de prison, en 1929. Cette déclaration sonne très juste, en ces temps tourmentés.

Bien sur, il semblerait déraisonnable de ne pas considérer les pires scénarios catastrophes pour l’après-Covid. Le risque d’effet rebond, de “stratégie du choc”, le sauvetage financier d’entreprises dont l’activité détruit les écosystèmes et l’humanité (“socialisation des pertes, privatisation des profits” entend-t-on à nouveau murmurer),  les politiques de relance de la croissance économique, agrémentées de leur habituel gratin d’austérité, en balayant d’un revers de la main toutes préoccupations socio-climatiques, sacrifiées sur l’autel du sacro-saint PIB… On connaît la chanson. On a déjà eu l’occasion de la répéter à maintes reprises, et si on ne change pas de registre, elle continuera de sonner de plus en plus faux, au fil des crises à venir.

Nous l’avons abordé dans un précédent article, cette crise du Covid-19 met en lumière les failles de notre système. Le confinement pousse les inégalités et défaillances systémiques à leur apogée. Voilà de quoi nourrir tous nos discours et émotions les plus pessimistes. Avec raison.

Mais c’est précisément à ce moment-là que l’affirmation de Gramsci prend tout son sens. C’est notre volonté qui peut ici être source d’optimisme, et c’est en se mettant en action que l’on peut vaincre la vague de pessimisme qui nous guette.

Quel scénario souhaitons-nous pour la suite de l’Histoire ?

Des propositions émanent de tous les secteurs : 

01

Economie

Pour une reprise économique saine, un collectif d’acteurs environnementaux belges souligne que cela nécessite “un soutien public en faveur d’une économie résiliente, équitable et durable, en accord avec la neutralité carbone, la circularité et la préservation de la biodiversité”. Par ailleurs, “un Green New Deal européen décliné et amplifié au niveau de toutes les entités fédérées de la Belgique peut aujourd’hui contribuer à résoudre conjointement cette conjonction de crises, avec cohérence et efficacité” affirment les signataires de cette carte blanche. Nous pouvons appuyer ce message en y ajoutant notre signature.

C’est l’occasion de basculer notre perception de l’économie comme étant un outil au service de notre bien-être collectif, et non pas comme un objectif obsessionnel au service duquel nous devons nous soumettre. En d’autres termes, ces 250 scientifiques nous invitent à repenser notre mode de développement en le basant sur les “Objectifs de Développement Durable” des Nations Unies. Ces considérations ne sont pas sans rappeler ce manifeste des entreprises de la transition écologique, ou encore la “Théorie du Donut”, qui replace l’économie dans ses limites soutenables et sur laquelle Amsterdam a déjà décidé de miser pour l’après-crise. En fin de compte, un choix décisif s’offre à nous aujourd’hui.

02

Santé

Le mouvement “la santé en lutte” appelle à « un refinancement des soins de santé, à l’engagement de plus de personnel pour assurer des soins de qualité à toutes et tous, à une revalorisation salariale de tous les métiers de la santé, et à une véritable politique de bien-être au travail et un arrêt du management inhumain ». Il est possible d’ajouter notre signature à leur pétition.

03

Social

Ces signataires, actifs dans le secteur de l’aide aux personnes, rappellent que cette crise “met plus que jamais en exergue la nécessité de fin du sans-abrisme comme objectif politique principal à construire”. Ils appellent à la réalisation d’un nouveau Pacte social, pour une prise en compte sérieuse de “la vulnérabilité de celles et ceux qui sont privés de droits : sans-abris, sans-papiers, ressortissants UE précarisés, populations Roms…”

04

Agriculture

Le 17 avril a eu lieu la journée internationale des luttes paysannes, l’occasion pour ce collectif de signataires de rappeler l’urgence de relocaliser les systèmes alimentaires. “Le prochain enjeu d’un retour « à la normale » sera celui de ne pas revenir à des pratiques agricoles anormales, destructrices des paysans (du Nord comme du Sud) et du vivant. Cette période correspond justement à l’élaboration du futur plan stratégique wallon dans le cadre de la mise en œuvre de la Politique Agricole Commune post-2020.” Dans cette optique, ils proposent à tous de rejoindre l’action d’interpellation de nos Ministres en deux clics.

05

Démocratie

Cette crise “pourrait aussi générer une crise de sens individuelle et sociétale. (…) Traiter la question des finalités collectives nécessite un large débat public (…) il faut aussi qu’il soit mené dans une assemblée représentative de la diversité sociale”, affirme un sociologue de l’UCLouvain. Dans le même ordre d’idée, l’Iris affirme qu’une véritable démondialisation “ne constitue pas seulement un changement d’échelle, ou un repli. (…) Il faudrait que cela permette de récupérer la souveraineté populaire, c’est-à-dire la capacité du peuple de décider de ses propres affaires. (…) Démondialiser devrait plutôt vouloir dire aller vers une société post-croissance grâce à la mise en place de nouvelles institutions économiques et politiques décentralisées et démocratiques.”

Ces propositions vont, chacune à leur manière, dans le sens d’une Transition telle que nous l’imaginons au sein du Réseau Transition : juste, écologique, solidaire et résiliente. Elles appuient ainsi le travail réalisé l’année dernière pour construire le manifeste ‘Transition Now‘.

Tous ces acteurs de terrain tirent la sonnette d’alarme et hurlent la nécessité de changer de système en profondeur. Ne serait-ce pas le moment de propager leur voix, de les aider à faire porter leurs messages ?

Dans cette optique, de nombreuses personnes écrivent, se rassemblent (virtuellement bien sûr), échangent, s’organisent. Quelle direction souhaite-t-on prendre, en réponse à cette crise ? Voici quelques initiatives et publications qui nous semblent pouvoir alimenter cette réflexion et nous proposent de prendre part à l’écriture des prochaines pages de l’Histoire :

Cette liste est loin d’être exhaustive, n’hésitez pas à partager dans l’espace de commentaires vos initiatives qui s’inscrivent dans cette dynamique ! 

Alors quand ce virus partira comme il est venu,
Que restera-t-il de tous ses effets secondaires ?
Qu’est-ce qu’on aura gagné avec tout ce qu’on a perdu ?
Est-ce que nos morts auront eu un destin salutaire ?

Grand Corps Malade – Effets secondaires

Action !

S’il est possible de voir cette crise comme une opportunité de réajuster la trajectoire de l’humanité, ce réajustement ne se fera pas tout seul, comme une évolution spontanée, allant naturellement à l’encontre des “vieux démons” du siècle passé.

Il apparaît clairement qu’un éventuel changement de modèle ne se concrétisera qu’en conséquence d’un élan collectif alliant ambition, détermination et créativité. Prendre la plume, sortir la caméra ou l’appareil photo, signer, relayer, se réapproprier l’espace public et démocratique, marcher, manifester, discuter, réunir, aiguiser notre esprit critique et notre humilité, soigner notre imagination et notre inventivité, coopérer, débattre, inclure, expérimenter, questionner, participer, … Il revient à chacune et chacun d’entre nous de choisir le rôle qu’il trouve juste sur le grand échiquier de l’humanité.

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