De petites initiatives locales contre le choc de l’après-pétrole

Ils veulent façonner un monde meilleur avec des idées qui peuvent tout changer. Chaque semaine, focus sur une de ces initiatives admirables.

Article de RAFAL NACZYK paru dans Le Soir du 17 octobre 2013

nature-champ

Dans la salle d’accueil de l’École Georges Roland, à Ath, se tient une brocante ovni. C’est une « gratiferia », comprenez une zone de gratuité temporaire (notre photo). Des habitants du coin déposent des objets d’occasion : vêtements, livres, plantes, appareils électroménagers… D’autres passants – une centaine – les récupèrent, à chacun selon ses besoins. « Ici, il n’y a aucune forme d’échange monétaire ou de contre-don. Tout est gratuit », annonce Isabelle Van Wayenbergh, co-organisatrice de l’événement. Mais les dons sont limités : chaque participant reçoit un « chèque en blanc » pour emporter au maximum cinq objets. Dans une économie de marché, l’approche peut surprendre. Et si la gratuité payait ? « Ce n’est pas du troc mais une manière de rendre notre quartier plus résilient, soutient Isabelle. Avec la crise, beaucoup de gens ont perdu leur valeur. Nous, nous essayons simplement de renouer les solidarités en retirant la valeur matérielle de ces objets. »
Si la pratique remonte au mouvement des free markets, lancé par les hippies de San Francisco à la fin des années 60, la démarche est très contemporaine.

À la source : le réseau des « Villes en Transition », né en 2006 en réaction à la flambée des prix pétroliers et à la raréfaction des ressources naturelles. Ni bobos ni radicaux, les « transitioners » tracent leur route hors de la consommation de masse et sa trinité « discount-malbouffe-prêt-à-jeter ». Leur ambition : nous amener en douceur dans le monde de l’après-pétrole. Quartier par quartier. Pour eux, nul besoin d’attendre l’impulsion des pouvoirs publics. Le passage à l’acte se fait ensemble, ici et maintenant.
« Nous recherchons la plus petite action qui aura le plus grand résultat, explique Josué Dusoulier, transitioner à Ath. En misant, entre autres, sur la production alimentaire et énergétique à l’échelle locale, le transport durable et l’efficacité énergétique, une communauté augmente son autosuffisance et réduit sa vulnérabilité. »

Apparu dans le village de Totnes, en Angleterre, le mouvement a rapidement pris de l’ampleur. Plus de 1.800 initiatives de Transition sont en cours dans 45 pays. En Wallonie et à Bruxelles, on dénombre une vingtaine de groupes. Dans des villes comme Ath, La Louvière ou Fernelmont essaiment des potagers collectifs, des « bourses d’échange de savoirs », des ateliers de « permaculture » et des groupes d’achats solidaires.

À Liège, les transitioners bâtissent une « ceinture alimentaire » autour de la ville, pour relocaliser les maraîchers. À Namur, une vingtaine de personnes ont créé une coopérative d’énergie pour acquérir une éolienne citoyenne. Certaines initiatives finissent même par créer des emplois locaux.

C’est le cas à Grez-Doiceau, où les transitioners construisent une microbrasserie et une boulangerie artisanales. Leur seule difficulté ? L’impatience. Or, souligne Éric Luyckx, coordinateur du groupe Grez en Transition, « toutes les utopies sont réalisables, à condition de prendre le temps de reconstruire nos modes de vie ».

RAFAL NACZYK (Source: Le Soir du Jeudi 17 octobre 2013)

 

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