La crise du Covid-19, une opportunité pour la Transition ?

La Transition est un mouvement de citoyens qui se rassemblent pour imaginer et construire le monde de demain. La recherche de résilience est centrale dans la Transition, dans une optique de rendre les sociétés capables de supporter et traverser des chocs extérieurs à venir. Le Covid-19 peut être considéré comme l’un de ces chocs. Il y en aura d’autres. Si tant est que nous la saisissions, cette crise représente une opportunité sans précédent de réajuster notre trajectoire actuelle.

Au-delà de la question de l’impact écologique du ralentissement généralisé en ces temps de confinement, le Réseau Transition s’est donc demandé quelles opportunités cette épreuve pouvait offrir à la transition de notre modèle de société.

Cette crise permet de rendre évidentes les failles de notre système

L’épreuve que traverse l’humanité en ce moment est l’occasion d’examiner la direction dans laquelle la société humaine se dirige, de questionner le caractère durable et pérenne de nos modes de vie.

Certaines failles apparaissent béantes en ces temps de crise, et notamment :

  • les inégalités et l’exclusion – Les premiers jours de confinement ont suffi à rendre les inégalités flagrantes. Tout le monde n’a pas la possibilité de se confiner chez soi, pour la simple raison que tout le monde n’a pas de ‘chez soi’. Les recommandations sanitaires étant irréalisables pour certaines personnes, la situation les frappe de plein fouet, qu’elles soient sans-abri, sans papiers, sans revenu, isolées, … Dans la sphère professionnelle, pendant que les cadres se transforment en ‘homeworkers’, des ouvriers et travailleurs de l’ombre continuent leur activité de terrain, aussi exposée soit-elle, afin de continuer à prodiguer services et profits à une part de la population sagement confinée. Et pourtant, face à Covid-19, cela apparaît comme une évidence : nous sommes tous dans le même bateau, notre interdépendance est plus tangible que jamais. Notre confinement n’aura du sens que si les autres sont en mesure d’en faire autant. Pour répondre réellement à cette crise sanitaire, il n’est plus possible de fermer les yeux sur les abonnés exclus de la société.
  • la course à la rentabilité – Lorsqu’on laisse l’argent dicter la loi, les fonctions vitales d’une société humaine ne sont plus assurées de manière optimale. Ces fonctions vitales apparaissent en ce moment en lettres capitales et clignotantes : le soin, l’éducation, l’alimentation, … Quelle considération accorde-t-on habituellement aux personnes qui réalisent ces fonctions en termes de valorisation sociale, de salaires, de conditions de travail ? Quel arrière-goût nous laissent les coupes budgétaires, la privatisation, la recherche de rentabilité sur ces secteurs d’intérêt commun ? Bien sûr, au regard du monde, reconnaissons la chance immense d’avoir en Belgique des services publics bien développés, mais la tendance actuelle n’est-elle pas à leur dégradation plutôt qu’à leur renforcement ?

Et pourtant, cette crise met en lumière un gigantesque élan de solidarité, bravant les visions les plus individualistes ou de repli sur soi

En quelques heures, des réseaux de citoyens se sont créés ou renforcés pour organiser la solidarité en temps de confinement. Vous retrouverez dans cet article une compilation de quelques initiatives inspirantes.

Notre interdépendance est ici bien réelle, elle nous pousse dans nos retranchements face à ce Covid-19 qui ignore les frontières et nous rappelle que le collectif est le coeur de nos sociétés. Cette interdépendance est une force incroyable pour faire évoluer nos manières de vivre. En effet, toutes ces initiatives collectives et solidaires sont autant de lieux de pratique d’intelligence collective, de systèmes de gestion et de prises de décision en commun qui font aujourd’hui largement leurs preuves.

Un peu partout, des systèmes en ligne très simples ont été mis en place pour permettre aux voisins de se tenir informés des personnes dans le besoin et leur apporter du soutien dans ce contexte de confinement. La technologie permet ainsi de renforcer ce ’tissage de liens’, pour autant qu’elle soit utilisée à cette fin. On voit ainsi les réseaux sociaux bouillonner d’initiatives de solidarité, la toile fleurir de plateformes, de partages d’idées et de tutoriels, les conversations online s’animer pour rester en contact avec familles et amis malgré le confinement, …

Le local apparaît comme une échelle pertinente pour travailler la résilience de notre système

Les projecteurs sont ainsi dirigés vers tous ces citoyens, collectifs, associations, qui s’organisent localement depuis des années pour améliorer la résilience de leur territoire. C’est l’occasion de réaliser que nous-même et notre voisin avons cet élan solidaire prêt à surgir, et de découvrir les collectifs proches de chez soi.

Les circuits-courts s’affairent et nous démontrent plus que jamais leur rôle crucial. Paysans, producteurs, GASAP, fermes, commerces locaux, ceintures alimentaires, autant d’acteurs qui revêtent en ce moment toute leur importance. Ils n’attendent que nous, consommateurs, pour les aider à passer à la vitesse supérieure de manière pérenne. On le voit, dépendre de la production délocalisée de l’autre côté du globe nous rend bien vulnérables en temps de crise. La production locale se montre ainsi centrale pour une société plus résiliente.

La pénurie de masques (habituellement fournis par nos voisins asiatiques) en est un bel exemple. Cette situation démontre également l’élan solidaire et innovateur dont le local peut faire preuve : en quelques jours, les machines à coudre ont chauffé dans les chaumières. Dans un foisonnement de tutos, motifs, et bons conseils online, voici les citoyens et citoyennes (y compris dans les prisons!) à l’oeuvre pour tenter de pallier cette pénurie. Dans le même temps, une Entreprise de Travail Adapté bruxelloise a mis en place une ligne de production ‘made in Brussels’ avec le soutien de plusieurs organisations et de centaines de bénévoles (lien vers l’article).

Le confinement nous ouvre la porte d’une ‘transition intérieure’

Assignés à résidence. Dans un premier temps, le sentiment est peut-être comme celui d’un enfant qui se verrait enfermé dans sa chambre en punition. On prend conscience de la difficulté à rester chez soi et à ralentir. Changer de rythme demande un temps d’adaptation. Mais ne dit-on pas que “de la contrainte nait la créativité” ?

Cette période nous offre du temps et du recul, denrées rares après lesquelles on passe souvent notre vie à courir. Et si nous saisissions cette opportunité pour…

  • prendre soin de nous, redécouvrir des activités qui nous font du bien, en boostant nos hormones de bien-être via des activités ressourçantes et souvent si peu consuméristes (art, sport, jeu, musique, câlins, humour, cuisine, …) ;
  • sentir le bonheur de créer des choses, en (re)découvrant les activités manuelles, artisanales, DoItYourself, … ;
  • goûter le plaisir d’être à l’extérieur, de profiter du soleil et de l’air frais, sentir le bienfait de se reconnecter à Mère Nature ;
  • dans ces villes moins bruyantes, profiter du silence, de sons dont on n’avait jamais pris conscience, faire refleurir nos balcons souvent désertés ;
  • prendre du plaisir à tout simplement ne rien faire ;
  • chérir et mesurer toute la valeur de nos interactions sociales (la famille, les amis, les voisins, …) ;
  • prendre le temps de réfléchir au sens de notre quotidien habituel, à notre rythme de vie avant-confinement, à notre consommation, à ce qui tient de la nécessité ou du loisir, à notre job, à l’épanouissement qu’il nous offre et à sa contribution ou non au monde que l’on souhaite.

Ce virus nous confronte à nous-mêmes, et à nos cadres de certitudes. Il nous rappelle que l’humain est peu de chose, et qu’il suffit d’un micro-organisme sans cerveau pour le réduire à néant. Les émotions qui surgissent dans ce contexte sont vives, et multiples. Les identifier, les apprivoiser, les accepter, afin de parvenir à y puiser toute notre énergie pour passer à l’action est un processus au coeur de toute transition. La Transition intérieure, l’écopsychologie, la méditation en pleine conscience, le yoga et autres pratiques tendent à nous outiller dans cette aventure. Plusieurs initiatives de Transition ont d’ailleurs lancé ces dernières années des groupes de transition intérieure pour aborder ces questions et pratiques de façon collective et développer notre résilience intérieure. Pourquoi ne pas expérimenter nous-mêmes l’un de ces outils durant cette période où cela prend tout son sens ?

En résumé, voici quelques apprentissages que l’on pressent déjà…

  1. La résilience n’est possible que si elle est inclusive.
  2. La recherche de résilience prend racine dans le local, cette échelle est indispensable pour créer le monde de demain.
  3. A une échelle plus large, des prises de décisions de masse, rapides, ambitieuses et conformes aux avis des experts sont possibles, lorsque la cause commune dépasse les couleurs politiques.
  4. Une ‘transition intérieure’ est importante pour accompagner la manière dont cette situation est vécue émotionnellement, avec à la fois lucidité et sérénité  :
    • Se relier à soi, à ses émotions
    • Se relier à l’autre, dans des rapports de bienveillance et de coopération
    • Se relier à la Nature, comme en en faisant partie, comme étant un fragile maillon de ses multiples équilibres

Et après…?

Lorsque Covid-19 s’en sera allé, laissant probablement derrière lui un goût salé – mélange de larmes et de sueur – pourvu que nous n’acceptions pas de ‘revenir à la normale’ ! Pourvu qu’ensemble, nous ayons le courage de prendre action, que nous ayons le courage d’affronter ces questions rendues béantes, et d’y répondre de manière juste et durable. Cette crise représente une incroyable opportunité de changer de cap, à nous de la saisir !

Les crises, les bouleversements et la maladie ne surgissent pas par hasard. Ils nous servent d’indicateurs pour rectifier une trajectoire, explorer de nouvelles orientations, expérimenter un autre chemin de vie.

Carl Gustav Jung

Pour ce corps médical et ces travailleurs sociaux, tous ceux pour qui le pire est encore à venir, tous ceux qui continuent à s’activer pour notre survie, pour nous fournir notamment alimentation, énergie, sécurité, propreté, tous ceux qui consacrent tant bien que mal leur confinement à la solidarité… Va-t-on, lorsque la crise sera passée, les remercier chaleureusement en les invitant à reprendre leur activité ‘comme avant’ ?

Ce sera à chacun et chacune d’entre nous d’empêcher cela.

En tant qu’acteurs et initiatives de Transition, qu’en pensez-vous ?

Comment traversez-vous cette période ? En quoi le Réseau Transition peut vous aider à en ‘sortir par le haut’ ? Nous sommes impatients de vous entendre raconter vos expériences, ainsi qu’échanger sur vos besoins. N’hésitez pas à le faire dans les commentaires de l’article.

Nous organisons une discussion virtuelle avec des membres des initiatives de Transition le lundi 30 mars de 14h à 15h30. Envoyez-nous un mail à info@reseautransition.be si vous souhaitez y participer !

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7 thoughts on “La crise du Covid-19, une opportunité pour la Transition ?

  • 28 mars 2020 at 10:13
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    Waouw, merci pour ce super bel article…

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  • 30 mars 2020 at 18:09
    Permalink

    Merci pour votre texte et votre présence. Oui un après sera là avec le choix du fond et de la forme. Que la solidarité soit inspirante, l’éducation éveillant l’être tout au long de sa vie, pour que peut être la dignité pour chacun est un sens.

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  • 13 avril 2020 at 12:57
    Permalink

    Merci pour ce très bel article.
    Cette période, bien que douloureuse pour beaucoup d’entre nous, est un formidable terrain pour la créativité, l’intériorité, la solidarité, la réflexion sur nos priorités et sur ce qui fait sens pour nous… Personnellement, je vis ce confinement comme une « retraite de discernement » et aussi comme une période de cocooning et de soin pour mon foyer 😉 Une opportunité, également, de resserrer les liens avec les personnes plus vulnérables de mon entourage. Ce qui fait chaud au cœur…
    Bravo à vous pour vos initiatives !
    Pour ma part, j’ai le souhait, plus que jamais, de contribuer à cette belle Transition. Tout simplement en consacrant mon temps, mon énergie, mes talents et mes ressources à concrétiser les projets qui me font vibrer, parce qu’ils participent à l’éveil des consciences.
    La période actuelle m’apaise et me motive… oserais-je dire qu’elle m’ « enthousiasme »…? Oui… je peux le dire… mais tout en précisant que je suis, bien sûr, de tout cœur avec les personnes malades, isolées, hospitalisées, angoissées, et avec les soignants et les autres professionnels qui travaillent pour nous tous en ce moment.
    En route pour la Transition 😉

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    • 3 mai 2020 at 16:30
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      Je partage votre avis.
      « Pour la naissance de la nouvelle humanité responsable de ses actes et de ses pensées » Le monde d’après sera complètement différent du monde d’avant.

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  • 24 avril 2020 at 16:50
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    Un article plein de bon sens que nos dirigeants devraient méditer, il me laisse rêveur.

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  • 3 mai 2020 at 14:58
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    Très bel article en effet… pour tous ceux et celles qui ont un espace de vie et de liberté suffisant! Que faites-vous des innombrables familles coincées dans des lieux de vie minuscules ou insalubres, des celles et ceux qui sont à la rue, de celles et ceux qui sont dans l’angoisse décuplées du lendemain? Que leur apporte la Transition? Oui, il est question des inégalités, dans le texte théorique mais concrètement…
    Cela reste mon grand reproche au mouvement Transition: être concret par rapport aux 15% minimum de pauvres de notre pays.

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