Historique

Le mouvement de Transition est né en Grande-Bretagne en septembre 2006 dans la petite ville de Totnes à l’initiative de Rob Hopkins, un formateur en permaculture. Un an auparavant, il avait forgé le concept de « ville en transition » avec ses étudiants dans la ville de Kinsale, en Irlande. Mais le concept de Transition n’est pas nouveau, cela fait 40 ans qu’il est dans l’air. Pourquoi n’émerge-t-il que maintenant ? Parce qu’il a fallu d’abord assimiler quelques fondamentaux…

Ce petit historique est librement inspiré de l’article de Pablo Servigne « La transition, histoire d’une idée », disponible sur le site de l’asbl Barricade

1972 : Prendre acte que la croissance a des limites

C’est dans le Massachussets que se forme un groupe de recherche international à la demande du Club de Rome, et qui se donne pour objectif de modéliser le système « monde » avec tous les outils modernes d’informatique, de cybernétique et les connaissances les plus récentes en économie, industrie, agriculture et démographie. Ils rédigeront un rapport devenu célèbre, The limits to growth (les limites à la croissance), qui conclut que « si les taux de croissance [de l’époque] demeurent inchangés, les limites à la croissance sur cette planète seront atteintes au cours des 100 prochaines années ». Ils ajoutent qu’il est encore possible de changer ces paramètres pour trouver un juste équilibre de stabilité écologique et économique qui satisfasse tout le monde. Le monde prend donc acte en 1972 que la croissance économique s’arrêtera un jour au 21ième siècle… Mais on ignore l’avertissement car cela n’arrivera que dans quelques décennies. Mais voilà, nous y sommes…

2005 : La conscience du pic pétrolier

Symboliquement, on peut fixer à 2005 la nouvelle prise de conscience du problème énergétique, date à laquelle l’équipe de Robert Hirsch rend son rapport au Département de l’Énergie du gouvernement des États-Unis d’Amérique. Le rapport Hirsch est sans appel et ne pourra plus être ignoré : le pic de pétrole arrivera bientôt et sera brutal. Malheureusement, ce rapport n’a eu que peu d’impact sur le monde politique et encore moins sur le monde francophone… Et le vrai problème est qu’aujourd’hui, nous sommes très probablement en train de passer le pic du pétrole, nous avons manqué l’occasion de nous y préparer. Selon l’Agence Internationale de l’Énergie, le pic aurait été passé en 2006 (rapport 2009).

2006 et 2007 : Le réchauffement s’invite à la fête

Au fil des années, le monde scientifique s’accorde sur un consensus : le réchauffement est un fait, les activités humaines en sont la cause, le problème est global, et les conséquences sont potentiellement désastreuses. En 2006, la publication (à la demande du gouvernement britannique) du rapport de l’économiste Nicolas Stern bouleverse le monde de l’économie. Pour lui, le problème du climat est potentiellement la plus grande « défaillance de marché » que le monde économique aura à subir. L’autre événement majeur, c’est l’attribution en 2007 du prix Nobel de la paix au groupe du GIEC et à Al Gore, au moment où le film de ce dernier se diffuse sur les écrans du monde entier. À partir de ce moment, le réchauffement climatique ne sera plus jamais ignoré des médias et de la conscience collective.

2008 : Le pic pétrolier et changement climatique sont inséparables

En 2008 paraît le Manuel de Transition, le livre fondateur du mouvement des Initiatives de Transition. Son auteur, Rob Hopkins, remarque que certains écologistes ont une étrange tendance à minimiser ou occulter l’un ou l’autre des deux problèmes. Or, ignorer le problème du pétrole ou ignorer le problème climatique amène automatiquement chaque camp à proposer des solutions néfastes ou contre-productives (gaz de schiste, quotas de carbone, etc.).

2008-2010 : La crise est systémique

Une autre idée se confirme et s’ajoute à cette angoisse : la « crise » est globale. Ou plus précisément systémique. Les conflits sociaux s’amplifient, la finance tangue, et le capitalisme vert s’avère aussi être une impasse. Enfin, en 2010, dans son indispensable ouvrage Prospérité sans croissance, Tim Jackson marque son époque en dressant les lignes directrices d’une refondation de la macroéconomie découplée de la croissance. Il montre surtout que le développement d’une technologie plus efficace et moins polluante ne réglera pas le problème écologique.

Face au mur…

Nous n’avons plus d’échappatoire ! Les chocs arrivent et nous devons rapidement nous préparer à les encaisser. Pour cela, il faut rapidement construire la résilience de nos quartiers, de nos villes et de nos communautés. Passer à l’action est le meilleur moyen pour ne pas angoisser. Le faire collectivement est tout simplement le seul moyen de passer à l’action.

Le mot « Transition » étant volontairement très neutre pour qu’un maximum de gens puisse l’adopter, il est aussi facilement récupérable, de la même manière que l’a été le « développement durable ». Il est donc important de bien saisir dès à présent son sens, ses implications et son histoire pour en cerner les enjeux et le garder fonctionnel durant au moins les 40 prochaines années !