Ungersheim, Village en Transition – France

La Transition est un mouvement citoyen. Mais à quoi ressemblerait-il si un gouvernement local décidait de défendre l’idée de la Transition et de lui donner vie ?

Aujourd’hui, notre histoire inspirante se déroule dans le nord-est de la France, à Ungersheim. Il s’agit d’un conte fantastique qui nous parle de la façon dont la Transition se développe lorsqu’elle est initiée et animée par un maire et les autorités locales.

Rob Hopkins, lors d’une visite récente à Ungersheim, confiait ceci: « On me demande souvent à quoi la Transition ressemblerait si un gouvernement local prenait réellement les devants en l’initiant et en jouant le rôle de catalyseur afin que les citoyens puissent se lancer ensemble dans un véritable processus de Transition. Après avoir visité Ungersheim, en Alsace, une région de l’Est de la France, je peux maintenant vous dire exactement à quoi cela ressemble.

Contexte

Ungersheim est un village de 2000 habitants de la région Alsace en France, non loin de la frontière avec l’Allemagne et la Suisse. Pendant de longues années, le village dépendait de l’extraction de la potasse, utilisée pour fabriquer du potassium à des fins agricoles et pour produire du chlorure de sodium (sel) pour les routes en hiver. L’industrie employait 13 000 personnes dans la région, mais la dernière mine a fermé en 2003.

Jean-Claude Mensch, le maire d’Ungersheim, a entendu parler pour la première fois de la Transition en 2011. Le village recevait la visite d’une organisation appelée « L’assemblée générale des citoyens du monde » et le film In Transition 1.0 (VFVO avec sous-titres) a été projeté. Il y a tout de suite vu un « modèle économique fraternel, inclusif et différent » et en a parlé avec le conseil municipal en se disant : « nous sommes déjà en train de mener beaucoup de projets comme ceux-là, devenons une ville en Transition ». Et c’est ce qu’ils ont fait.

Ungersheim est la première initiative en Transition connue à ce jour à avoir été lancée par les autorités locales. Et les résultats sont impressionnants. Ils sont parvenus à :

  • Plaider pour une démocratie plus participative
  • Devenir une ville de commerce équitable
  • Former un forum citoyen autour des énergies renouvelables et militer pour la fermeture de la centrale nucléaire toute proche de Fessenheim
  • Lancer une monnaie locale, Le Radis
  • Cartographier la biodiversité de la région en un « Atlas de la biodiversité »
  • Rendre à la nature une ancienne décharge causée par l’exploitation minière
  • Mettre en place une installation solaire thermique de 120 m2 à la piscine
  • Installer une chaudière à biomasse au bois qui chauffe la piscine et différents bâtiments adjacents
  • Remplacer tous les éclairages publics du village par des ampoules basse énergie, permettant de réduire de 40 % la consommation d’énergie, et décider d’éteindre l’éclairage dans certaines rues après minuit
  • Évaluer la consommation énergétique de tous les bâtiments publics
  • Mettre des terrains municipaux à disposition d’un projet d’habitat groupé de 9 maisons passives, l’Eco-hameau Le Champré
  • Bannir l’usage de tout pesticide et herbicide dans les zones publiques
  • Remplacer tous les produits d’entretien dans les bâtiments publics par des produits écologiques
  • Acheter un cheval de trait pour aider le maraîchage local et pour servir de « bus scolaire » pour emmener les enfants du village à l’école
  • Modifier les dispositions des cantines scolaires pour que l’école primaire ne serve plus que des repas 100 % bio (avec une majorité de produits locaux, voir ci-dessous), chaque jour, goûters compris
  • Lancer une entreprise de conserves alimentaires, mettant en bocaux des aliments produits localement pour augmenter leur disponibilité

Cette histoire a fait du bruit au niveau national et international et a servi d’exemple à d’autres collectivités autour d’Ungersheim qui ont, à leur tour, démarré une initiative de Transition. Lors de son passage à Ungersheim, Rob Hopkins y a croisé Marie-Monique Robin, réalisatrice, qui travaille à un documentaire sur le village. Celui-ci devrait sortir l’année prochaine. En plus des projets mentionnés ci-dessus, d’autres projets se distinguent particulièrement.

Helio Parc 68

ug10Helio parc est une ferme solaire de 5,3 MW, le plus grand projet solaire d’Alsace. Le site est une ancienne décharge minière qui appartenait à la commune. Il a été nettoyé, nivelé et transformé en un parc industriel. Avec ses milliers de panneaux solaires, il devient la plus grande installation solaire d’Alsace, monté sur des structures qui pourraient, comme c’est déjà le cas pour certains, devenir des unités industrielles. « Remarquablement ambitieux et d’une taille que je n’avais encore jamais vue auparavant ! », confie Rob Hopkins après avoir inauguré le site. Voici l’article qui est apparu dans le journal le lendemain:

newspiece-650x742

Les Jardins de Cocagne

ug4La municipalité a mis un de ses sites de 8 hectares à la disposition des Jardins de Cocagne, une entreprise de maraîchage bio qui travaille avec de jeunes chômeurs. Le potager produit 64 variétés de légumes et fournit 250 paniers de légumes chaque semaine à des familles de la région. Les Jardins tiennent également un stand dans 5 marchés chaque semaine. Récemment, les enfants de l’école locale et les participants ont construit une éolienne. Un magnifique complexe est actuellement en construction, sous la houlette de la commune, à base de bois local, de paille et d’argile. Celui-ci sera utilisé pour la transformation et le stockage des aliments produits sur la ferme. La ferme approvisionne, entre autres, l’école primaire qui est passée au bio. Ce qui illustre magnifiquement l’idée du « circuit court » qui veille à raccourcir la distance entre le producteur et le consommateur.

‘La Semaine Solaire’

À l’invitation du maire, un groupe de Greenpeace Suisse a travaillé récemment avec des adolescents du Lycée local pour cartographier tous les toits du village et détailler les différents niveaux, tailles, etc.

Ils en ont conclu que si tous les toits de la ville étaient équipés de panneaux photovoltaïques, 77% des besoins énergétiques de la ville seraient couverts. Cette vidéo explique très bien le projet :

C’est un projet qui a eu un impact énorme, non seulement sur les jeunes participants, mais également sur les activistes de Greenpeace. Ces derniers sont en effet habitués à se positionner contre des projets, à militer et à résister. Ce changement vers des mesures pratiques et positives les a profondément touchés. À la suite de cette étude, l’école a décidé d’installer des panneaux solaires de 40kW sur son toit avec l’aide des élèves. Lors de l’inauguration de l’installation, chaque élève a reçu un certificat pour leur participation et Rob s’est vu offrir un T-shirt personnalisé de la semaine solaire où l’on peut lire « Pour Rob, au nom du Lycée Théodore Deck, le première lycée en Transition de France ».

ug5« En essayant de répondre aux besoins physiques et psychologiques principaux de la population, la Transition trouve un moyen de surmonter les défis que nous connaissons. Un village, un quartier de 2000 à 5000 habitants, c’est la bonne échelle. Les petits ruisseaux font les grandes rivières. Les programmes que nous avons mis en place sont faciles à reproduire. Nous devons agir ensemble, oser et mettre les citoyens au centre de tous nos projets. » Jean-Claude Mensch.

 

Le Radis, la monnaie locale d’Ungersheim

image-220x165« La raison pour laquelle la Transition est si puissante et se propage si rapidement, c’est qu’elle respecte un principe que nous avons emprunté au Forum ouvert : Laissons les choses aller là où elles veulent aller. En faisant confiance aux gens, en leur donnant les ressources et les outils, gratuitement, en demandant simplement en retour aux initiatives de Transition de partager leurs histoires et leurs expériences, nous avons fait naître une culture qui croit en l’innovation. » Rob Hopkins.

Comme pour beaucoup de régions en Transition, la frontière qui sépare la Transition du gouvernement local est mince. Doit-on affirmer que la Transition ne devrait pas être initiée par un gouvernement local ?

Au vu de l’urgence, il est clair que nous avons besoin de voir la Transition émerger partout, et rapidement. Pour y parvenir, il est utile de travailler à des solutions enthousiasmantes et faciles à reproduire, des histoires que les gens peuvent raconter, auxquelles ils peuvent s’identifier. Il est clair que nous avons besoin, au niveau local, d’interlocuteurs aussi précieux que Jean-Claude Mensch.

CP2PRY_WsAATuAk
P hoto: @cyrillecormier

Ouvrir la voie, tel un pionnier, n’a rien de simple. Comme le dit Jean-Claude Mensch : « Il n’est pas facile de modifier les comportements alors que la pression du consumérisme est immense, exacerbée par les incessantes publicités. À chaque moment, nous butons contre de violentes réactions, souvent au niveau le plus bas. Avec l’aide des mouvements citoyens, en donnant une voix à la société civile et une possibilité de contribuer, nous ouvrons petit à petit la voie de la Transition. Les électeurs semblent apprécier notre façon de faire puisqu’ils nous accordent leur confiance depuis 27 ans maintenant. »

À la fin de sa visite à Ungersheim, Rob Hopkins conclut : « Ce que je retiens de ma visite en France, c’est que la Transition semble voir le jour un peu partout. On m’a dit qu’il y avait actuellement 60 monnaies locales en circulation et que tout ce système était très bien coordonné. La Transition a bel et bien plongé ses racines dans ce sol fertile et ne cesse de grandir.  Dans ce contexte, l’histoire d’Ungersheim, dont le maire et la commune sont parvenus à mettre tant de choses en place, est tout simplement bluffant. Souvent, quand je raconte l’histoire du maire de Bristol qui a décidé de recevoir son salaire en monnaie locale, les gens réagissent en se disant « waouw, c’est vraiment en train de prendre de l’ampleur et d’être reconnu ». Ungersheim, c’est le niveau suivant. J’ai été très impressionné et reconnaissant d’avoir été invité. »

Message pour la COP21 :
« Si les dirigeants de ce monde venaient à Ungersheim, je leur montrerais que c’est l’enthousiasme des citoyens qui nourrit un projet comme la Transition grâce auquel nous reprenons notre propre destin en main. C’est ça la résilience. Je leur montrerais les résultats que nous avons réussi à obtenir dans ce village en réorientant les politiques publiques et en permettant aux citoyens de se les approprier.
Il s’agit de mettre un terme aux dépenses inutiles et superflues et de répondre aux réels besoins de la population, pour une économie plus fraternelle. »
Jean-Claude Mensch – Ungersheim en Transition

CommandezCOP21

 


Puisque vous êtes ici…

…nous avons une faveur à vous demander. Il n’y a jamais eu autant de monde à s’impliquer dans le mouvement de la Transition en Belgique et à travers le monde, mais il est pourtant de plus en plus difficile de financer nos missions de base : favoriser l’émergence et le déploiement de la Transition à travers des formations, du support, des événements, des témoignages…

Si toutes les personnes qui sont impliquée ou lisent et apprécient les contenus sur notre site contribuent financièrement, l’action du Réseau Transition sera pérennisée et renforcée. Même pour 5 €, vous pouvez soutenir la Transition - et cela ne prend qu’une minute. Merci !

Print Friendly, PDF & Email

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.