Tour du monde de la Transition – Brésil: Le pouvoir de «bas en haut» dans les favelas

Cet article a été publié dans le magazine Imagine Demain le monde, dans un dossier réalisé par Laure de Hesselle (numéro 120).

Un peu partout sur la planète, des citoyens se rassemblent pour monter des projets leur offrant plus de convivialité et d’autonomie. Le mouvement de la Transition est en effet présent dans plus de 50 pays. Durant ce mois de juin, nous vous proposons en collaboration avec le magazine Imagine une petite visite, de Séville à Kumamoto en passant par Zagreb ou Sao Paulo, de lieux où se prépare le monde de demain, sans pétrole mais plein de chaleur humaine.
Carte des initiatives de la Transition au Brésil

En Europe, la Transition est encore (trop) souvent une préoccupation des classes moyennes. Au Brésil, par contre, différents types de communautés participent au mouvement. « Il est remarquable de voir combien ce n’est pas une question d’argent, s’enthousiasme Isabela de Menezes, membre de Transition Granja Viana, en périphérie de Sao Paulo. C’est juste le pouvoir de faire des choses, d’agir. »

A Brasilândia, un quartier dans les favelas de la capitale économique du pays, le mouvement de la Transition a par exemple radicalement changé la vie de certaines femmes. Sans revenus propres, entièrement dépendantes de leur mari, elles sont réunies en 2010 par Monica, une membre du mouvement, qui leur demande ce qu’elles voudraient apprendre pour développer ensuite une activité économique. « La moitié du groupe voulait étudier la boulangerie, l’autre moitié désirait réaliser quelque chose en lien avec la couture, raconte Isabela. Monica les a aidées à trouver des fonds pour se former. Pendant deux ans elles ont suivi des cours de gestion d’entreprise, comptabilité, etc. »

Les couturières, aujourd’hui au nombre de six au sein de la petite entreprise, Brasilianas, cousent des sacs en bâche publicitaire recyclée pour leurs sociétés clientes. Les boulangères ont finalement ouvert un service traiteur, Doces Talentos. « Elles ne sont plus que quatre à présent, mais en plus de vendre leurs plats, elles donnent des cours pour cuisiner sans déchet. De totalement dépendantes elles sont devenues professeurs ! »

Après 20 ans de dictature, les Brésiliens doivent réapprendre à travailler ensemble, à se faire confiance. A l’époque on vivait plus cachés. Mais les pauvres s’entraidaient quand même encore, ils sont du coup plus résilients que les communautés de classes moyennes. Il leur manque juste un peu de ressources et ils prennent leur envol.

Le mouvement de la Transition a pour intérêt d’être entièrement « bottom-up », de bas en haut. « Les ONG ne font que jouer un rôle de soupape, estime Isabela, elles ne transforment pas la situation. Sans compter les problèmes de corruption et de blanchiment d’argent. Un mouvement comme celui-ci cherche d’abord ce qui émerge de la communauté, ce que les habitants ont vraiment envie de faire et ce qu’ils possèdent déjà. »

Une cuisinère de Doces Talentos et ses élèves lors d’un cours sur la récupération des « déchets » alimentaires, comme ici les pelures de fruits de la passion.

Pour continuer le Tour du monde de la Transition avec nous:


Le magazine Imagine Demain le monde est partenaire du Réseau Transition.


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