Rob Hopkins – Trois jours en Belgique : l’imagination prend le pouvoir

Cet article est une traduction de l’article tiré du blog de Rob Hopkins « Three days in Belgium: imagination taking power » publié le 27 mars 2018. Merci Rob !

Three days in Belgium: imagination taking power

Le nombre d’initiatives de Transition en Belgique a triplé au cours des deux dernières années, et il s’y passe clairement quelque chose de fascinant. D’une certaine manière, la Belgique est un pays idéal pour la Transition – son territoire n’est ni trop grand, ni trop petit. J’y suis resté trois jours et je souhaite partager avec vous ce voyage et les quelques réflexions sur ce que j’ai vu. Le Réseau Transition, branche belge du mouvement de la Transition, réalise un travail incroyable en soutenant cette dynamique grandissante. C’est suite à leur invitation que j’ai embarqué à bord de l’Eurostar en direction de ce pays.

Je suis arrivé mardi soir, accueilli par François-Olivier Devaux du Réseau Transition. Nous avons marché jusqu’à sa maison et, sur le chemin, nous sommes passés par le TransiStore, un projet du groupe de Transition dans son quartier. Il s’agit d’une coopérative locale de producteurs et de consommateurs créée en collaboration avec Oxfam et Agricovert. Non seulement ce magasin est spécialisé dans les produits locaux et le commerce équitable mais il sert également d’espace de réunion pour les événements et les réunions de Transition. “TransiStore”… j’aime plutôt bien ce nom !

Le lendemain, nous sommes allés à Liège où je m’étais déjà rendu il y a 4 ans. La journée a commencé par une réunion à l’Université de Liège, où un groupe d’étudiants et de professeurs s’était procuré la publication du Transition Network, “A Guide to doing Transition in your University or College”. Nous avons passé quelques heures à discuter de ce que cela pourrait signifier pour l’Université de Liège, comment ils pourraient faire avancer les choses et quels pourraient être leurs premiers pas.

Nous sommes ensuite allés déjeuner avec des personnes actives dans le projet de la Ceinture Aliment-Terre Liégeoise (CATL) qui ont monté le festival Nourrir Liège, dont je suis devenu le parrain. Nous avons ensuite visité d’autres projets de transition de la ville et avons notamment entendu parler du Val’heureux, la monnaie locale liégeoise qui venait d’être lancée lors de ma dernière visite 4 ans plus tôt, et qui semble avoir un impact important. La monnaie est maintenant acceptée dans les cinq régions avoisinantes et les billets possèdent, comme l’euro, une face commune aux cinq régions, et une autre face “personnalisée”, ce qui permet d’avoir cinq versions de chaque billet. Les concepteurs de la monnaie ont aussi, assez délicieusement, imprimé un billet de zéro Val’heureux, l’idée étant que ce billet s’échange lorsque l’argent liquide n’est pas approprié mais que vous voulez témoigner votre gratitude.

Nous avons passé l’après-midi à visiter 3 des 10 coopératives créées par CATL : la boutique “Les Petits Producteurs”, le vignoble “Vin de Liège” et la Brasserie Coopérative Liègeoise. J’ai écrit sur ce sujet dans un article séparé car je pense que l’histoire de ce qui se passe à Liège est fascinante. Vous découvrirez cela en cliquant ici.

Avec Christian Jonet de la CATL et Pascal Hennen, directeur des “Petits Producteurs”, et le billet de 5 € Val’heureux qui présente la CATL.

Après nos visites, nous avons rejoint l’événement principal du jour: la grande conférence en ville. Il y avait plus de 600 personnes et la soirée était dynamique et amusante, avec beaucoup de questions et d’interaction. Voici une vidéo sur l’ensemble du festival qui comprend quelques photos de la soirée :

Une fois tout cela terminé, nous avons rejoint l’espace des ”Petits Producteurs” où était organisée une fête jusqu’aux petites heures du matin pour célébrer la journée – le tout accompagnée de bières locales et de pizzas maison.

Le lendemain matin, nous avons commencé par un petit déjeuner avec des membres de l’équipe de Nourrir Liège et des représentants du gouvernement local, y compris le bourgmestre. C’était vraiment passionnant d’entendre le niveau d’engagement et d’enthousiasme à l’égard de la CATL, et comment cette idée est devenue l’un des éléments clés de la ville qui veut désormais soutenir cette vision. Encore une fois, vous trouverez plus d’informations à ce sujet dans mon article sur Liège.

Avec le bien nommé Willy Demeyer, Bourgmestre de Liège.

 

Des membres de Nourrir Liège, la CATL et de la ville de Liège partageant le petit-déjeuner.

Nous nous sommes ensuite rendus à Faulx-les-Tombes pour visiter Semailles, une entreprise étonnante qui vend des variétés de semences anciennes et maintient des variétés rares. Nous étions en visite avec Carlo di Antonio, le ministre de la Transition écologique en Région wallonne qui, entre-autres, est à l’origine de l’interdiction des néonicotinoïdes par les particuliers à partir du 1er juin.

Une des propriétaires de l’entreprise, Catherine Andrianne, nous a fait visiter l’atelier pour nous montrer comment les différentes semences sont traitées, conservées et emballées. C’était vraiment encourageant de voir une telle opération. Alors que les militants ont réussi à permettre aux jardiniers d’utiliser des variétés de semences anciennes, les obstacles auxquels font face les agriculteurs pour l’utilisation de ces semences restent redoutables, bien que la pression s’intensifie pour faire évoluer la situation. La prochaine fois que j’ouvrirai un paquet de graines, j’aurai un peu plus de respect pour tout ce qu’il a fallu faire pour obtenir ces graines dans l’enveloppe !

Rob, au paradis des Rob
Un ancien tapis de course en salle a été transformé en outil pour faciliter le tri de graines endommagées ou abîmées.

Après avoir partagé une délicieuse soupe à base de variétés de tomates anciennes, nous nous sommes dirigés vers Wavre. J’ai d’abord rencontré les membres de Wavre en Transition, initiative qui n’existe que depuis deux ans mais qui ont déjà lancé une grande variété de projets. Ils ont lancé un projet de réfrigérateur communautaire, un magasin participatif qui ouvrira bientôt, un projet d’incroyables comestibles, un repair café, un club de cinéma, un système de monnaie locale, un projet zéro déchet, des plans pour construire un centre d’éducation, et d’autres projets variés – voir ci-dessous.

Avec l’équipe dynamique de Wavre en Transition

Nous avons parlé de leur travail et ils m’ont posé des questions sur la façon dont la Transition fonctionne à d’autres endroits – un échange passionnant. Ce moment a été suivi par une rencontre avec des membres de différentes fondations et organismes sur la thématique du financement et du soutien au Réseau Transition. Ce fut un très beau moment émouvant, une sorte de célébration du travail et de tout ce qui se passe en Belgique en ce moment.

Échanges lors de l’atelier avec les mécènes.

De Wavre, nous nous sommes dirigés vers Louvain-la-Neuve pour nous rendre à l’événement prévu pour la soirée. Il s’agissait d’une conférence animé avec Olivier De Schutter, professeur de droit international, militant, juriste et écrivain qui a été rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation de 2008 à 2014. Il est également apparu dans le film “Demain”. L’événement a connu un grand succès avec plus de 650 billets vendus en une journée et plus de 500 personnes sur liste d’attente.

La salle était bondée et la soirée était facilitée par Vincent Wattelet du Réseau Transition. Vous pouvez regarder la vidéo de la conférence diffusée en direct sur Facebook par l’équipe d’Alors on change, qui inclut également un moment très amusant de questions-réponses en direct. J’ai adoré le concept de « l’État partenaire  » développé dans la présentation incisive et puissante d’Olivier. A quoi ressembleraient nos sociétés si l’État considérait son rôle comme étant de soutenir la Transition et d’éliminer tout obstacle dans son déploiement ?

Conférence Rob Hopkins & Olivier De Schutter à Louvain-La-Neuve, le 22-3-18)

Revivez la conférence de Rob Hopkins et Olivier De Schutter sur la transition au coeur des énergies citoyennes 👌

Publiée par Alors on Change sur jeudi 22 mars 2018

Après la conférence, beaucoup de participants sont venus me saluer. Il était finalement très tard quand nous sommes partis pour retourner dormir à Bruxelles. C’était certainement l’un des plus beaux événements auquel j’ai participé ces derniers temps, avec un engouement et une énergie incroyable dans la salle.

La dernière matinée a commencé par une interview. Nous avons traversé la ville pour nous rendre aux bureaux de la RTBF, où François-Olivier et moi-même avons participé à une émission radio de la Première pendant un peu moins d’une heure. Vous pouvez l’écouter ici. L’un des journalistes s’était également chargé de la retransmission en direct sur Facebook la soirée précédente pour la conférence. Parmi les nombreuses questions reçues la veille, certaines ont été utilisées dans l’émission radio. C’était une conversation informelle et charmante, le tout sur un ton très détendu.

L’arrêt suivant s’est fait aux bureaux de la STIB, l’organisation responsable des transports publics à Bruxelles, à savoir les bus, les tramways et les métros. Ils m’ont invité comme orateur à une de leur conférence mensuelle destinées aux managers de la STIB durant le temps de midi – une salle bondée de personnes de tous les départements de l’organisation. Un voyage à travers l’imagination et la Transition, à essayer de se représenter à quoi cela pourrait ressembler si la STIB devenait un catalyseur de Transition dans la ville. Une question fascinante… Il sera passionnant de voir où elle mène !

Dernier arrêt, les bureaux du Soir, l’un des plus grands quotidiens de Belgique, pour faire une interview, qui a paru le lendemain matin dans le journal sous le titre  » La croissance économique est une illusion dangereuse qu’il faut remplacer« . Vous pouvez lire l’article complet ici.

Et voilà, je suis parti prendre l’Eurostar en route pour un long voyage, luttant sous le poids de toutes les bouteilles de bières belges artisanales qui m’ont été données (vous voyez les sacrifices que je fais pour ce mouvement ?!!). J’ai eu le sentiment que quelque chose de fascinant est en train de se produire en Belgique. Un pays portant un très grand intérêt pour la Transition. Notez qu’une forte proportion de jeunes viennent à des événements et sont présents dans des projets de Transition. Des groupes de Transition très ambitieux, et des projets, comme celui de Liège, qui ont un impact très réel et commencent à changer l’histoire que les citoyens et les politiciens racontent sur l’avenir de la ville.

La Wallonie est suffisamment grande pour avoir un impact réel, mais suffisamment petite pour que le changement puisse se produire assez rapidement. Si vous vous souvenez bien, c’est la région qui a bloqué le CETA, l’accord commercial de l’UE avec le Canada. Comme je l’ai dit lors de la réunion avec les mécènes pour la récolte de fonds, j’ai l’impression que quelque chose d’extraordinaire est en train de se passer, que quelque chose de puissant est en cours, qui est à la fois dynamique et fragile, et que le niveau d’intérêt, d’enthousiasme et d’ambition a besoin de fondations pour qu’il ne s’effondre pas. A quoi tout cela pourrait-il ressembler ?

Mes remerciements vont au hub belge de la Transition pour leur travail acharné, à mes hôtes à Liège et à Bruxelles, à François-Olivier et à sa famille pour leur hospitalité, et enfin à Caroline et Isabelle. Si vous en avez envie, soutenez le Réseau Transition belge, leur travail est incroyable, et ils ont besoin de votre soutien. Merci.

Photos publiées avec l’aimable autorisation de François-Olivier Devaux et Christophe Smets.

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