Que ferait le Réseau Transition s’il recevait 100 millions d’euros ?

Il manque quelques billets pour arriver à 100 millions d’euros, aidez nous à les récolter :-). Photo de Christian Dubovan sur Unsplash

Une opinion de Josué Dusoulier

Il y a quelques semaines, Cédric Chevalier me demandait ceci : « que ferait le réseau transition s’il recevait 100 millions d’euros ? ». Belle question que je ne m’étais jamais posée. Elle m’emmène à considérer une somme d’argent dont je ne mesure pas facilement le potentiel réel. Cédric ajoutait « Mais si on est sérieux avec la transition, l’Etat met des centaines de millions d’euros sur la table (des milliards en fait). »… Et donc je me suis demandé qu’est-ce que je ferais dans cette situation, une question qui me semble venir à point pour nourrir la transition en cette période électorale, dans la lignée de Transition Now

Alors : que ferait le Réseau Transition s’il recevait 100 millions d’euros ?

Pour identifier les enjeux auxquels nous avons la responsabilité de répondre, je me réfère notamment aux enjeux pointés par Cédric au sein du comité « Déclarons l’état d’urgence environnemental et social« . Je pars par exemple du principe qu’un des objectifs majeurs est de diminuer les émissions de gaz à effets de serre en Belgique de 55 % d’ici à 2030 (en commençant déjà avec une diminution de 5% d’ici à mai 2020) et de préserver la biodiversité…

Et là je me rend compte que c’est compliqué… parce que les idées qui me sont venues en premier ne peuvent pas toutes être réalisées par le Réseau Transition seul, ni d’ailleurs par les initiatives citoyennes seules. En effet, déployer la transition dans de telles proportions se fera évidemment en partenariat avec une multitude de partenaires (citoyens, initiatives locales de transition, associations, entreprises, milieux académiques, pouvoirs publics, institutions…). La première des idées serait donc certainement de mettre en place entre le Réseau Transition et ses partenaires une gouvernance solide, agile, participative, efficace, capable de réagir vite… pour être capable d’utiliser un tel budget à bon escient… Voilà déjà un défi stimulant à relever.

Aussi, je tiens à écrire que je n’idéalise pas forcément un avenir post-pétrole, il y a des éléments qui ont été créés par notre société de consommation auxquels je tiens et que j’aimerais garder… Et des éléments d’une vie post-pétrole dont je ne rêve pas forcément avec enthousiasme. En même temps, il y a aussi des éléments de notre vie actuelle que je rêve de voir disparaître au plus vite pour être remplacés par une vie plus simple, plus savoureuse et résiliente. En tout état de chose, je me sens prêt à abandonner une partie du confort de notre mode de vie plutôt que de continuer à en profiter et détruire ainsi le futur de mes enfants…

Avant de partager mes idées, je dois admettre qu’il y a un domaine où je coince, c’est pour la disponibilité d’énergie dans un monde post-pétrole, par exemple pour le chauffage en hiver. Je vois bien que nous devrons d’abord diminuer le gaspillage énergétique actuel et que cela va se faire en partie par l’isolation des bâtiments, des modes de transports low tech, une sortie de la société de consommation pour aller vers une société qui répond aux besoins essentiels, une vie plus simple et conviviale…

Luc Bronchart, de Brugelette en transition, nous montre dans cette vidéo une des utilisations domestiques les plus simples de l’énergie solaire : la cuisson

Nous pouvons sans doute diminuer très fortement la production énergétique en continuant à vivre bien, et même peut-être en vivant mieux. Ceci dit, j’imagine qu’il restera tout de même des besoins énergétiques de base dans un monde post-pétrole. Pourra-t’on maintenir le réseau électrique et pour quels usages ? Et en Belgique, aujourd’hui, on n’a pas assez d’arbres pour se chauffer en hiver et cuisiner au bois, et comment va-t’on faire fonctionner les hôpitaux et leurs technologies… A part une étude de B&L, je ne connais pas de scénarios qui présentent « notre budget carbone » (ce que nous pouvons raisonnablement garder et les comportements qui peuvent continuer sans mettre l’avenir des enfants et des formes de vies actuelles en grand danger) dans un monde qui se transforme suffisamment au regard des enjeux actuels. Sur ce point, je suis preneur d’information si vous en avez… En attendant, si vous voulez mon avis, il est par exemple grand temps de planter des forêts dans chaque village et des arbres fruitiers dans les jardins…

Voici maintenant les quelques idées qui me sont venues et ont à mon avis le potentiel d’amplifier la transition au départ du niveau local, comme le promeut le Réseau Transition…

Augmenter le nombre de femmes et d’hommes qui travaillent au service de la Transition

Photo d’Elaine Casap sur Unsplash

Si on veut effectivement préserver la vie sur Terre et donc (notamment) diminuer les émissions de gaz à effets de serre de 55 % d’ici à 2030 et de 100 % d’ici à 2050, il va falloir créer de nouveaux métiers et en abandonner d’autres. Et d’une manière ou d’une autre, toute la population active va participer à cet effort sans précédent. J’imagine donc que progressivement, nous irons vers 55 % et ensuite 100 % des emplois qui contribuent à la transition.

Dans un premier temps, voici quelques pistes pour commencer…

  • Engager un·e ou deux « facilitateur de transition » sur le territoire de chaque commune (selon la taille de la commune) : Elles seraient toutes formées de façon très pointue au « faire ensemble autrement » (intelligence collective, gouvernance partagée), à la transition intérieure, à la permaculture… Leur but sera de « semer » et prendre soin des graines du monde de demain, soutenir les projets citoyens et de jouer le rôle de « catalyseur » de transition. Ces personnes seraient engagées par une asbl co-gérée par les citoyens et les mandataires politiques afin de garantir leur liberté d’action.
  • Créer une allocation de reconversion professionnelle au service de la Transition : Nombreuses sont les personnes qui ont la conscience d’avoir un emploi qui a peu de sens ou qui contribue à créer les problèmes immenses auxquels les générations actuelles doivent faire face. Ces personnes devraient pouvoir quitter cet emploi et mettre leurs talents et leur passion au service de la Transition et du monde de demain. Une allocation de reconversion au service de la transition et un accompagnement des porteurs de projets permettrait d’accélérer la transition et de libérer l’initiative et la créativité citoyenne.

Développer des « lieux visibles et inspirants » qui déploient la Transition au niveau local

Le Germoir des Fontaines, une maison de la Transition à Wavre

Pour s’amplifier, la transition doit aller plus loin que les discours et s’ancrer dans davantage d’actes et de projets visibles et inspirants. C’est ce que font depuis longtemps les collectifs citoyens pionniers qui n’ont pas attendu qu’on leur donne l’exemple. Cette tendance a besoin de grandir et d’être visible partout, dans les quartiers, les villages, les villes…

J’imagine que les idées suivantes seraient des premiers pas intéressants et qui en entraîneraient d’autres, emmenant la société dans un cercle vertueux.

  • Créer des « maisons de la transition et de la cohésion » un peu partout sur le territoire : créer dans chaque commune, dans les quartiers, les villages, des lieux de rencontre, où on trouve de l’information, des livres, des documentaires, un lieu de réunion, un bar associatif, un magasin solidaire de produits locaux, un lieu de parole et de soutien, une maison médicale axée sur la médecine préventive, un co-working pour les entrepreneurs en transition… Ce lieu serait le point de base idéal pour les facilitateurs de transition et pour que les travailleurs en reconversion soient accompagnés.
  • Mettre des terrains agricoles et des bâtiments à disposition de « régies communales » co-gérées par les citoyens et les pouvoirs publics : Dans chaque commune, créer des « régies » avec cultures biologiques selon un design permaculturel de fruits et légumes, élevage, transformation des produits, conserverie (lactofermentation, séchoir solaire…), magasin coopératif, cuisine de produits sains à destination des collectivités (écoles, maisons de repos, hôpitaux, cantines d’entreprises…)… Et augmenter chaque année la superficie disponible pour ce type d’agriculture en visant une agriculture 100 % saine, captatrice de gaz à effets de serre et locale à l’horizon 2050.
  • Créer des logement pour pionniers de la Transition : Acheter des maisons réparties sur le territoire, les rénover / isoler et les mettre à disposition des pionniers de la transition (style habitats participatifs ou habitats groupés) pour qu’ils puissent innover librement au service de la Transition sans avoir besoin de gagner tout de suite de l’argent ;
  • Créer des infrastructures low-tech et low-carbone, communautaires et conviviales dans les villes et villages : fours solaires, des fours / cuisines collectifs de quartier, lavoir, conserverie, atelier à outils, Repair Café… Avec l’intention de se passer le plus possible d’énergies fossiles et d’avoir une empreinte carbone minimale.
  • Investir dans des infrastructures qui rendent la transition socialement juste : Permettre un accès aux produits alimentaires locaux à un prix abordable, isoler les maisons sociales…

Transformer le système éducatif afin de préparer le futur

Bande annonce du film « L’autre Connexion », qui présente une exemple d’école alternative qui retisse le lien avec la nature.

Si les jeunes d’aujourd’hui ne sont pas responsables de la situation dont nous avons héritées, il est cependant important de transformer le système éducatif afin de préparer les générations actuelles à l’avenir qui se présente à nous..

  • Créer des « Académies de la Transition » dans chaque province : L’idée est d’avoir des lieux éducatifs, inspirés du Schumacher College, qui soient à la pointe du changement de paradigme dont nous avons besoin. On y organisera des Master en résilience des territoires, des formations obligatoires et certifiantes pour tous les mandataires politiques, des cours pratiques de permaculture pour agriculteurs en reconversion, des formations continues pour toutes les catégories de métiers afin que chacun puisse intégrer la Transition dans son quotidien et participer à la transformation sociétale ;
  • Soutenir les projets d’ écoles alternatives qui expérimentent des approches allant dans le sens de la Transition écologique et sociale. Ces projets sont de véritables laboratoires de l’ école de demain, qui ont le potentiel de nourrir la transformation nécessaire des écoles traditionnelles.
  • Former les équipes de direction des écoles ainsi que les enseignants et professeurs : De la maternelle à l’Université, l’institution scolaire devra préparer les adultes de demain à intégrer un monde en transition fort différent de la société actuelle. Il importera d’y favoriser la créativité, l’initiative, l’autonomie, la participation citoyenne. D’y apprendre les sciences holistiques, la permaculture, la gestion de conflit, la gestion de crise… et aussi beaucoup de savoirs pratiques utiles dans un monde post-croissance et post-industriel.

Expérimenter et développer un mode de vie post-pétrole

Enfin, je terminerai par quelques idées « en vrac »… qui me semblent importantes à explorer et expérimenter. Mon sentiment est que si certaines d’entre elles peuvent paraître un peu loufoque aujourd’hui, il se peut que d’ici quelques années elles soient en passe de devenir très à la mode…

La plantation du « verger en ville », un projet inspirant de Soignies en transition
  • Reboiser partout, planter des forêts dans chaque ville et chaque village (arbres fruitiers ou à feuilles ou écorce comestibles) et laisser des territoires libres et sauvages, sans intervention de l’homme, pour que la nature reprenne ses droits et que les écosystèmes puissent se régénérer ;
  • Isoler massivement les maisons et les rendre autonomes en eau de façon low tech (sans avoir absolument besoin d’électricité)
  • Développer des filières de santé préventive locales et low tech : plantes médicinales, huiles essentielles, médecines préventives, shiatsu, accompagnement des deuils de la société industrielle…
  • Elever des chevaux de trait pour remplacer progressivement les énormes machines agricoles et construire les machines qui iront avec ces chevaux ;
  • Elever des moutons et réapprendre à tricoter des vêtements chauds pour l’hiver en ayant moins besoin de chauffage afin de se libérer des énergies fossiles ;
  • Accompagner les fermes dans une transition vers l’agroécologie et la permaculture en visant 60 % des terres agricoles en agroécologie en 2030 et 100 % en 2050 ;
  • Transport : Investir dans les transports en commun et le vélo, pour permettre de diminuer le nombre de km effectués en voiture de 60 % d’ici à 2030 ;
  • Dépolluer les eaux et les rivières pour que la nature y revienne et en faire des voies navigables pour le transport (développer le transport post-pétrole et low tech, recréer des chemins de hallage pour les chevaux)
A Ungersheim, village alsacien en transition, les enfants vont à l’école en charrette tirée par un cheval de trait, et ils adorent ça !!

Je n’ai aucune idée du budget nécessaire pour tout cela, ceci dit, pour moi la transition n’est pas une question de budget, mais de survie. Pour survivre, il faudra trouver des solutions financières, techniques, humaines… C’est une fameuse aventure qui nous attend. Ceci dit, n’hésitez pas à faire l’exercice de chiffrer ces mesures, cela m’intéresse.

J’ai l’intuition que développer ce type de projets est une des voies nécessaires (parmi d’autres) si nous voulons offrir un avenir enviable aux jeunes qui, actuellement et à travers le monde, quittent les écoles pour manifester car ils ne voient aucun sens à étudier pour s’insérer dans une société « adolescente » qui s’autodétruit. Il est donc temps que l’humanité devienne plus mature, entre dans son âge adulte, prenne ses responsabilités qui sont historiques. Celles d’une transition rapide et juste, qui soit suffisamment ambitieuse au regard des enjeux réels… car si nous voulons une planète habitable à l’avenir, il n’y a plus d’autre choix.

Qu’est-ce qu’on attend ? Film Annonce from M2R Films on Vimeo.

Pour terminer, je suis certain que si cet exercice, répondre à la question de Cédric « que ferait le Réseau Transition s’il recevait 100 millions d’euros ? » était demandé à des personnes ayant un autre point de vue que le mien, par exemple celui de l’attention à la justice climatique nord/sud, ou encore celui d’une personne qui s’occupe de lutter contre la précarité ou de l’accueil décent et humain des migrants, des idées excellentes et complémentaires viendraient s’ajouter aux miennes. Je serais curieux de les lire et d’en discuter avec vous. Allez-y, écrivez et partager vos idées… Elles viendront nourrir le nouvel imaginaire d’un monde en Transition…


Puisque vous êtes ici…

…nous avons une faveur à vous demander. Il n’y a jamais eu autant de monde à s’impliquer dans le mouvement de la Transition en Belgique et à travers le monde, mais il est pourtant de plus en plus difficile de financer nos missions de base : favoriser l’émergence et le déploiement de la Transition à travers des formations, du support, des événements, des témoignages…

Si toutes les personnes qui sont impliquée ou lisent et apprécient les contenus sur notre site contribuent financièrement, l’action du Réseau Transition sera pérennisée et renforcée. Même pour 5 €, vous pouvez soutenir la Transition - et cela ne prend qu’une minute. Merci !

Print Friendly, PDF & Email

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.