Le désert blanc de la Transition

Je suis Vincent Boisclair étudiant universitaire en environnement, québécois et stagiaire au Réseau Transition depuis maintenant trois mois. J’ai pendant cette période participé à plusieurs actions que les initiatives de Transition ont menées. J’ai été en contact avec Villers, Ixelles, 1000Bxl, Etterbeek, Mons, Evere, Transition en court, Rocherfort, Ittre et probablement encore bien d’autres initiatives locales qui m’échappent. En m’engageant activement dans des formations, des projections de film, l’élaboration d’une monnaie citoyenne, des débats, un potager, etc., j’ai commencé à analyser les idées, les projets, les sourires, mais surtout les visages. J’ai donc tenté d’observer la diversité dans le mouvement de la Transition en Belgique.

 

Avez-vous déjà entendu parler des déserts verts? Ce terme définit un sol qui se développe sous une monoculture intensive. On y ajoute donc énormément d’engrais chimiques et de produits d’amendements sur la terre pour améliorer ses propriétés. Ainsi, aucune biodiversité ne peut évoluer. C’est un désert.  Maintenant, imaginez ce monde, mais dans un groupe d’individus. Sans une pluralité ethnique, culturelle, socioéconomique ou d’âge, il nous faudra ajouter énormément d’éléments extérieurs pour maintenir le milieu vivant. Finalement, le groupe se ferme inconsciemment. Il devient un désert.

Diversifier sa diversité

Je peux énoncer sans crainte que la Transition est un milieu où évolue une belle diversité. Il faut simplement se pencher sur les idées propagées, les raisons de s’impliquer ou les projets développés pour y voir un vaste éventail de couleurs. Par contre, que nous parlions de déserts verts ou de Transition, que nous semions du blé ou de l’espoir, la diversité dans ces deux cas ne se définit pas seulement par ce que l’on souhaite récolter. Les résultats de la moisson se déterminent également par le mélange des cultures que vous intégrez.

En effet, la diversité culturelle dans les groupes, mais également sociale me paraissait parfois absente. Non, ce n’est pas parce que je recroisais souvent les mêmes personnes (quoi que… en effet, c’était également le cas), mais plutôt puisque j’y voyais fréquemment les mêmes groupes représentés. Il est vrai que chaque initiative a son identité et son unicité, toutefois je pouvais doucement cerner des tendances. Au départ, j’avais seulement des points dispersés dans mon esprit, mais tranquillement je me suis mis à les relier pour réaliser qu’une image se dessinait. Cette dernière prenait la forme d’une femme blanche, provenant d’une classe sociale plutôt privilégiée, assez bien éduquée et avec (ou en voie de former) une famille.

Évidemment, la réalité bruxelloise est bien différente de celle wallonne. Il est de même vrai qu’au sein des diverses communes certaines tendances s’inversent ou s’opposent. Occasionnellement, il y a plus d’hommes que de femmes, d’autre fois plusieurs groupes ethniques sont représentés et finalement ailleurs nous pouvons observer différentes classes sociales réunies.

Cette dernière prenait la forme d’une femme blanche, provenant d’une classe sociale plutôt privilégiée, assez bien éduquée et avec (ou en voie de former) une famille.

Je ne dis certainement pas avoir rencontré l’ensemble des personnes du mouvement de la Transition. Je n’ai pas fait d’étude empirique sur ce sujet. Je ne suis pas sociologue. Je suis qu’un simple étudiant québécois qui énonce un constat caricaturé et généralisé.

Potagers et initiatives citoyennes, un même combat!

Confronté à cette réalité, je considère important de rappeler que la Transition est basée sur les concepts de la permaculture. La diversité est un aspect central au bon fonctionnement d’un potager, comme d’un groupe. Lorsque vous plantez des tomates, si vous n’avez aucune autre plante à proximité avec le potentiel d’attirer les pollinisateurs, vous réduisez vos chances d’obtenir une bonne récolte. Vous aurez assurément des tomates. Toutefois, en aurez-vous autant que la nature vous le permet? J’en doute. Et bien, cette situation est aussi bien applicable à notre mouvement. De nouvelles personnes avec un bagage socioculturel différent apporteront certainement différentes perspectives et idées au groupe. Un projet que vous n’auriez jamais imaginé pourrait potentiellement voir le jour, inspirer d’autres individus, agrandir la portée de vos actions et peut-être même redessiner la Transition dans votre communauté.

Ainsi, tout comme vos plants de tomate, votre groupe pourrait mieux fleurir avec une plus grande pluralité. Par la même occasion, vous allez peut-être séduire de nouvelles abeilles et donc pouvoir y récolter un peu de miel à la fin de la saison. Ce nectar sucré aura probablement le goût d’un groupe plus inclusif et participatif.

La diversité est un aspect central au bon fonctionnement d’un potager, comme d’un groupe. Lorsque vous plantez des tomates, si vous n’avez aucune autre plante à proximité avec le potentiel d’attirer les pollinisateurs, vous réduisez vos chances d’obtenir une bonne récolte.

La diversité, un enjeu prioritaire?

C’est mignon les métaphores avec des tomates et des abeilles, en revanche ceci n’est certainement pas un portrait exact de la réalité, j’en suis bien conscient. Je n’insinue pas non plus détenir la réponse infuse au sujet de la diversité. Le Transition Network et le Réseau Transition travaillent pour améliorer cet aspect dans notre mouvement. Toutefois, considérant qu’au niveau local vous possédez probablement des ressources plus limitées que ces deux grands réseaux, il est parfois possible de sentir un manque d’énergie pour répondre à toutes les volontés du mouvement de Transition. Dans cet ordre d’idée, estimez-vous réellement que le temps investi à augmenter la variété d’individus en vaut-il l’effort ou devriez-vous plutôt agir sur d’autres aspects? Par la même occasion, nous pouvons même nous interroger à savoir si c’est véritablement un devoir de la Transition que de travailler sur la diversité dans ses groupes. En effet, la Transition n’est peut-être pas toujours culturellement plurielle à l’échelle locale. Par contre, il nous faut seulement regarder la carte des initiatives mondiales pour voir des projets en Croatie, au Brésil, au Japon et aux États-Unis.

J’ai fait ma réflexion personnelle sur ce sujet et je crois qu’à la suite de cette lecture vous vous doutez de ma position, toutefois chaque groupe et individu sont uniques et doivent s’adapter à leur réalité. Ainsi, je vous laisse méditer sur ces questions. Je serais même très curieux de lire vos commentaires sur l’enjeu de la diversité dans le mouvement de la Transition.


Si votre initiative souhaite améliorer la diversité dans son milieu, voici un guide produit par le Réseau Transition et un autre par le Transition Network sur cette thématique.


 

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