Un « laboratoire de la Transition » qui mêle chercheurs et acteurs du terrain

C’est ce lundi 15 mai que démarrait le Laboratoire de la Transition, durant lesquels chercheurs académiques et acteurs de terrain ont exploré le potentiel de la mobilisation citoyenne et les leviers d’une « culture de la transition ». Mais de quoi s’agit-il exactement ? 

La première édition du Laboratoire de la Transition a eu lieu en Drôme du 15 au 18 mai 2017. Les partenaires au départ de l’initiative partagent la conviction que la mobilisation citoyenne est indispensable pour vraiment faire bouger les esprits et les institutions. Ils misent sur les innovations sociales, encouragées par l’expérimentation locale. Afin d’explorer comment le potentiel de celles-ci peut être utilisé au service de la transition écologique, le Laboratoire de la Transition initie une démarche transdisciplinaire associant chercheurs et acteurs de terrain.

L’accent a été mis, lors de cette première édition, sur les leviers d’une « culture de la transition » que constituent l’éducation, la démocratie, l’entrepreneuriat social et l’économie post-croissance.

Le diagnostic

Les partenaires à l’origine de cette initiative définissent une société durable comme une société bas carbone qui réduit son empreinte écologique, tout en étant résiliente, c’est-à-dire outillée pour surmonter les chocs, aussi bien économiques que climatiques, qui pourraient mettre à l’épreuve ses équilibres. Ils partent du constat que la transition écologique, qui doit nous rapprocher d’une société durable ainsi conçue, a principalement été pensée jusqu’à présent à partir de trois outils : la mise au point et l’adoption de technologies « propres » (idée sur laquelle se fonde la notion de « croissance verte ») ; l’imposition de réglementations qui interdisent certains comportements considérés comme nocifs, ou obligent à d’autres comportements jugés vertueux ; et l’adoption d’incitants économiques, sous la forme de taxes (la « fiscalité verte ») ou de subsides, assurant une internalisation des externalités aussi bien positives que négatives, c’est-à-dire assurant que les prix des biens et des services sur le marché intégreront leurs impacts sur l’environnement.

Ces outils sont insuffisants. Les limites planétaires à une croissance infinie sont connues du grand public depuis la publication en 1972, par le Club de Rome, de son rapport Halte à la croissance. Depuis le milieu des années 1970, notre utilisation des ressources et notre production de déchets que les écosystèmes doivent absorber dépassent les capacités de la Terre, et en 2005, l’Evaluation des Ecosystèmes pour le Millénaire (Millennium Ecosystems Assessment) montrait que 15 sur 24 des services d’origine écosystémique étudiés sont en cours de dégradation rapide ou exploités de manière irrationnelle: parmi eux figurent l’eau douce, la pêche intensive, la purification de l’air et de l’eau, la régulation du climat aux échelles régionales et locales, les risques de catastrophe naturelle, et les parasites. L’alerte sur l’impact de l’augmentation des gaz à effet de serre a été donnée depuis le milieu des années 1980, conduisant à la mise sur pied du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat en 1988.

Pourtant, rien ne bouge. Nous pensons urgent de mobiliser de nouveaux outils pour accompagner et accélérer la transition écologique. Plus précisément, nous partons de l’hypothèse que l’action locale, conduite au départ des initiatives d’hommes et de femmes ordinaires, en lien avec les acteurs économiques locaux et les collectivités publiques locales, représente un potentiel considérable pour la transition, qui n’a été jusqu’à présent que trop faiblement exploité et soutenu. Cette composante de la transition écologique n’est pas un substitut aux technologies « vertes », ni à l’imposition de normes juridiques ou à l’approfondissement d’incitants économiques qui encouragent la société à changer de cap. Mais elle est un gisement de solutions largement sous-exploré.

La Transition « citoyenne »

Cette transition « citoyenne » prend aujourd’hui différentes formes. Elle va des initiatives de transition (au départ du mouvement des « villes en transition ») aux écovillages, et du développement de chaînes courtes et de l’auto-production aux mouvements tels que l’objection de croissance ou la sobriété choisie. Elle se traduit par des innovations en matière d’éducation, pour ériger les enfants et adolescents en acteurs qui contribuent à définir la trajectoire de la société, et en matière démocratique, avec la montée de la « démocratie du faire », au-delà de la démocratie participative sous ses formes classiques.

La transition ainsi conçue présente trois caractéristiques, étroitement liées entre elles. Premièrement, elle mise sur l’innovation sociale, et non plus seulement sur l’innovation technique. Ceci signifie que les nouvelles manières de produire, de consommer, de se déplacer, ou d’occuper ses loisirs, vont tenir une place décisive. Comment ces innovations sociales peuvent-elles être stimulées? Comment peuvent-elles être soutenues, une fois qu’elles émergent? Comment les évaluer? Comment, le cas échéant, en favoriser la diffusion? La question des modes de vie devient ainsi centrale au débat sur la transition écologique.

Deuxièmement, cette transition citoyenne repose sur les motivations intrinsèques des acteurs sociaux, sans plus se contenter seulement d’incitants externes. Elle mise sur les récompenses « inhérentes » que le comportement pro-environnemental amène pour les individus qui l’adoptent — non seulement le plaisir d’apprendre et de contribuer à l’action collective, mais également la convivialité qui accompagne l’action conduite avec d’autres, la satisfaction que procure le sentiment de contribuer au changement, et celle que donne le fait d’agir en conformité avec les valeurs que l’on professe. Quels mécanismes mettre sur pied afin que l’individu puisse rechercher son épanouissement par l’engagement dans des initiatives préparant la transition? Comment utiliser ces motivations intrinsèques pour favoriser l’expérimentation? Comment les prendre comme levier de la transition à venir, sans exproprier les individus concernés de leur démarche, au risque de la priver de ce qui en fait, en partie, l’attrait — le fait que la démarche contient en elle-même sa propre récompense?

Troisièmement, cette transition citoyenne mise sur l’expérimentation locale et territoriale. Au lieu que, dans les versions classiques de la conduite de la transition écologique, les solutions viennent d’en haut et du centre — des experts, des administrations, des élus –, ici elles viennent d’en bas, à travers une quête décentralisée dans l’ensemble de la société — dans les écoles, dans les entreprises, dans les administrations, et jusque dans les foyers. La cohérence — la mise sur pied d’un cadre qui facilite la transition et l’accompagne — ne sera pas à rechercher dans l’imposition de solutions homogénéisantes, mais dans des politiques publiques au service de l’innovation locale, correspondant aux circonstances, aux ressources et aux motivations des acteurs du territoire concerné. En outre, au lieu que la transition soit conçue de manière sectorialisée — envisagée séparément, par exemple, en matière d’agriculture et d’alimentation, en matière d’énergie, ou en matière de mobilité –, elle sera conduite à l’échelle d’un territoire qui se met en mouvement dans plusieurs secteurs à la fois, dont les transformations respectives se renforcement mutuellement, créant les conditions d’un changement de cap culturel.

C’est cette approche spécifique de la transition écologique que le Laboratoire de la Transition a tenté d’approfondir, dans une démarche transdisciplinaire associant chercheurs universitaires et acteurs de terrain. La Vallée de la Drôme offre un lieu de rencontre particulièrement approprié à cet égard, non seulement en raison de la présence, sur ce territoire, de plusieurs partenaires qui partagent cette conception de la transition, mais aussi parce que le territoire est riche d’initiatives locales qui en illustrent la fécondité.

Vous trouverez plus d’informations sur cet événement sur la page du groupe de Recherche Partenariale de Louvain sur la Transition  écologique et sociale.

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