La COP21 est terminée… maintenant on se retrousse les manches!

Une contribution d’Isabelle Vandriessche, membre de Soignies en Transition et administratrice du Réseau Transition.

La COP21 s’est clôturée sur un accord historique. 195 pays ont pu s’entendre sur l’objectif de maintenir la hausse de la température moyenne du globe en dessous de la barre des 2 degrés et même de tendre vers les 1,5 degrés.

Mais c’est maintenant que les choses sérieuses commencent. On sait que l’objectif est énorme et qu’on ne pourra pas se contenter de « mesurettes » pour l’atteindre. Mais on sait aussi que nos actions citoyennes peuvent peser dans la balance quand on les multiplie et les additionne.

Le chemin...

Peut-on se réjouir des résultats de la COP 21?

Oui, si on considère le joli pas en avant que représente la prise de conscience de l’ensemble des décideurs présents autour de la table par rapport aux changements climatiques et à l’urgence d’agir.

Oui pour la grande campagne de sensibilisation qui a accompagné la COP et  touché un large public. Alors qu’il n’était pas toujours facile d’en parler il y a encore quelques mois, depuis la COP21, la nécessité de réduire notre dépendance aux énergies fossiles est tout à coup devenue une affaire « entendue ». Pourvu que ça dure…

Oui aussi, si on s’arrête aux intentions unanimement votées par les 195 pays participants.

Un peu moins quand même, si on lit le texte de l’accord et se rend compte que:

  • on n’y retrouve pas de réelle intention de réduire les consommations;
  • les moyens envisagés sont  notamment l’augmentation de l’efficacité énergétique et le recours aux puits de carbone;
  • la plupart des plans climat déposés par les états impliquent une poursuite de la croissance;
  • l’accord ne dit pas quand les émissions doivent commencer à diminuer, les notions de temps et d’urgence semblent oubliées;
  • on n’y retrouve pas les mots pétrole, gaz, charbon,  énergie,…;
  • il n’y a pas de réel mécanisme de contrôle ni de sanction…

Un peu moins aussi si on s’intéresse  aux plans climat déposés sur la table par 188 pays, qui – si ils sont suivis – nous entraînent vers une hausse de température  catastrophique d’au moins 3 degrés, et  correspondent à moins de la moitié des efforts qui devraient être  consentis pour rester sous la barre des 2 degrés, déjà très problématique. 

Beaucoup moins encore, quand on décortique ces plans climat et l’on voit sur quoi ils reposent… 

Il faut arrêter de se laisser croire que la solution pourra venir du seul recours aux énergies renouvelables. Nos modes de fonctionnement actuels sont tellement énergivores, et donc dépendants d’une énergie abondante et bon marché, qu’ils ne sont tout simplement pas compatibles avec le potentiel de ces énergies renouvelables sur terre. C’est une question d’échelle et de limites physiques. Dans le domaine des transports, par exemple, qui représente environ 20% de nos émissions de gaz à effet de serre, si nous voulions au niveau de la Belgique ne fut-ce que remplacer 30% du parc automobile par des véhicules électriques, il faudrait pour les alimenter environ 30 km² de panneaux solaires ou 800 grandes éoliennes… ou une centrale nucléaire supplémentaire dans le pays. Et un réseau de distribution électrique capable de le supporter! Pour produire la consommation électrique européenne, il faudrait installer l’équivalent de 120 années de production actuelle de panneaux solaires! Sans parler de la disponibilité en métaux et autres composants nécessaires à ces technologies.

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Sommes-nous impuissants face au réchauffement de la planète?

Certainement pas!

Bien au contraire. Si nos décideurs restent frileux et, confrontés au poids des lobbies, ne peuvent se dépêtrer d’un modèle de société devenu obsolète, la société civile, les communautés locales, peuvent, par leurs choix, leurs orientations, prendre les devants et enclencher la transition en faveur d’un nouveau modèle qui vise la satisfaction des besoins sociaux dans les limites de nos écosystèmes.

Si nous voulons atteindre les objectifs fixés, nous devons en Europe réduire nos émissions de gaz à effets de serre de l’ordre de 80 à 95% de ce qu’elles sont actuellement. Ce n’est pas rien et cela ne pourra pas se faire sans un profond changement de nos modes de consommation.

Mais ce ne sera pas triste pour autant!

Alors à vos calculatrices…

Quand on s’intéresse à la répartition moyenne de nos émissions de gaz à effet de serre on voit qu’elles se distribuent essentiellement entre le transport (1/5ème), le chauffage (1/5ème), l’industrie  (près de 50% dont une bonne partie pour la production d’énergie), l’agriculture (1/10ème) et les déchets.

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Données 2013, source, www.climat.be, site fédéral belge.

Environ 1/5ème de nos émissions sont liées aux transports. Transport de personnes mais aussi de marchandises. En réduisant et organisant nos déplacements (transports en commun, mobilité douce, co-voiturage), en consommant plus localement grâce aux circuits courts, en achetant dans les petits commerces locaux plutôt que la grande distribution, en réduisant nos déchets,… on réduit les kilomètres, la consommation d’énergie, et en prime, on redynamise l’économie locale, et renforce les liens sociaux.

Nos habitations et bureaux interviennent dans environ 1/5ème de nos émissions. Là aussi nous pouvons intervenir, en isolant, en optant pour le gros pull et quelques degrés de moins,…

L’agriculture produit environ 1/10eme de nos émissions. La consommation énergétique du secteur n’y contribue que très partiellement (moins de 15%). En agriculture, les émissions de gaz à effet de serre sont surtout liées au protoxyde d’azote qui se dégage des sols suite à leur fertilisation, au méthane provenant de la digestion des animaux et aux émanations de méthane et de protoxyde d’azote provenant des déjections de ces derniers. En réduisant notre consommation de viande, en soutenant des modèles agricoles moins énergivores, moins dépendants des ressources nos durables et plus respectueux de nos écosystèmes, en soutenant la production locale, nous participons à la réduction de ces  émissions. 

Quant-aux émissions de l’industrie, elles sont en grande partie liées à nos consommations de biens et d’énergie. Par nos choix de consommation, nous pouvons donc en réduire l’impact.

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Individuellement, chacun de nous peut donc agir sur ces différents points.

Un bon moyen d’avoir une idée de notre impact et de voir comment nous pouvons réduire nos émissions (de 80 à 95%!) consiste à utiliser un calculateur d’empreinte écologique.

Plusieurs calculateurs sont disponibles sur le net, avec différents niveaux de précisions. Sans être parfaits, ils permettent néanmoins une bonne approche pour estimer l’impact de nos modes de vie sur le climat.

Quelques exemples:

  • Le calculateur du WWF Belgique-France. Simple et rapide, les choix de réponses manquent cependant parfois de précision.
  • Le calculateur WWF Suisse. Beaucoup plus précis et donc théoriquement plus juste. Permet d’encoder vos consommations énergétiques exactes. Moins précis pour la partie biens de consommation…
  • Calculateur earthday .Possibilité de répondre rapidement ou plus dans le détail. Assez précis. Ne permet pas de préciser vos dépenses énergétiques réelles. Prend en compte le niveau de consommation de biens matériels,…

Collectivement, nous pouvons encore plus!

A l’échelle locale déjà, nous pouvons changer nos comportements, et créer un effet boule de neige, par exemple… en participant à un projet de Transition!

Repair Café de 1000Bxl enTransition
Repair Café de 1000Bxl enTransition

Vous pouvez par exemple:

  • Aider à réduire nos consommations de matériaux et nos déchets en faisant réparer vos objets qui ne fonctionnent plus dans un Repair Café ou y en rejoignant une équipe des réparateurs bénévoles (exemple à Ath, Boussu, Bruxelles, Grez, Ittre, Lessines, Mons, Soignies,…);
  • Consommer local en faisant vos achats dans un groupe d’achat, une coopérative, un marché des producteurs ou une épicerie solidaire (projet d’épicerie collaborative à Grez, Cellier de la Haute Sambre à Lobbes, la Halle aux Saveurs à Soignies,…);
  • Participer au développement d’une ceinture alimentaire (CATL à Liège, CALITERRE à Ath,…);
  • Produire une partie de votre alimentation en faisant pousser vos fruits et légumes, chez vous ou dans un potager partagé ou un verger public (Ath, Ixelles, Soignies,…);
  • Apprendre à coudre, tricoter, réparer, transformer vos vêtements dans des ateliers d’échange de savoir faire;
  • Participer à une réflexion sur la finance alternative et envisager la création d’une monnaie locale comme il en existe déjà à Liège ou à Grez;
  • Trouver ce dont vous avez besoin et donner ce qui ne vous sert plus dans une gratiféria ou un marché des gratuits (Ath, Ixelles, 1000BXL, Pont-à-Celles,…);
  • Réduire vos consommations d’eau, d’énergie,… en participant avec vos voisins à un projet de Rue en Transition (Ath);
  • Vous lancer dans une coopérative citoyenne de production d’énergie comme à La Gelbressée;
  • Participer à un bistro ou café Transition à Ath, Etterbeek, Ixelles, Liège, Soignies,… ;
  • et plein d’autres choses encore…

ALORS HAUTS LES COEURS, NOUS N’AVONS PAS DIT NOTRE DERNIER MOT!


Puisque vous êtes ici…

…nous avons une faveur à vous demander. Il n’y a jamais eu autant de monde à s’impliquer dans le mouvement de la Transition en Belgique et à travers le monde, mais il est pourtant de plus en plus difficile de financer nos missions de base : favoriser l’émergence et le déploiement de la Transition à travers des formations, du support, des événements, des témoignages…

Si toutes les personnes qui sont impliquée ou lisent et apprécient les contenus sur notre site contribuent financièrement, l’action du Réseau Transition sera pérennisée et renforcée. Même pour 5 €, vous pouvez soutenir la Transition - et cela ne prend qu’une minute. Merci !

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