Histoire de sous et de points d’interrogation

Une réflexion de Mayliss, responsable de recherche de fonds pour le Réseau Transition et membre d’Ixelles en Transition

« Au fait, comment le réseau est-il financé ? » Voici une question qui me revient souvent quand je parle du Réseau Transition. Et cette question en soulève bien d’autres…
Ces questions, je vous les développe ci-dessous sans prétendre y apporter de réponse définitive, ces questions restent ouvertes au sein du Réseau mais aussi dans ma propre réflexion.

Lors de sa création, le Réseau Transition a été soutenu financièrement par la Région Wallonne (département du Développement Durable) et ce via deux associations : les Amis de la Terre et Exposant D. Dans un second temps, le Réseau a pris son autonomie complète fin 2015.

Depuis le 1er janvier 2016, ce subside de la région Wallonne Développement Durable est terminé et n’a pas été renouvelé. Il nous reste un subside privé de la fondation Lunt mais qui ne couvre pas l’ensemble de nos activités, un subside de la Loterie Nationale conditionné à un projet particulier (les Rues en Transition) ainsi que nos fonds propres issus des formations, d’interventions auprès d’autres organisations et la vente de livres.

Et après ? Le Réseau a bien des pistes mais rien de confirmé. Cette situation n’est ni stable ni sécurisante pour les personnes employées par le Réseau, comme pour la continuité des activités.

financementPourquoi un financement est nécessaire aux activités du Réseau Transition ?

Le Réseau Transition emploie actuellement 2,6 équivalents temps plein (4 personnes), ce qui permet tout juste de développer les outils de soutien aux Initiatives, répondre à leurs demandes ponctuelles ou de fond, d’organiser les formations (aspects logistiques et contenu), de renforcer la Transition Intérieure, de communiquer sur ce qu’est la Transition au grand public mais aussi de faciliter la communication entre les Initiatives. Au delà de ces activités essentielles, la Réseau répond également aux demandes d’autres groupes voulant en savoir plus sur la Transition, participe à des événements pour faire connaitre un point de vue venant du mouvement de la Transition, participe à la vie associative belge, est en contact avec le réseau international et les mouvements de Transition dans d’autres pays, teste lui-même des nouveaux outils de travail collaboratif mais répond aussi aux obligations légales et administratives des ASBL et recherche des fonds pour financer tout ça. D’autres projets, comme les projets de REconomy, ne sont que peu énergisés aujourd’hui, faute de moyens humains.

Le Réseau Transition a choisi de ne pas se reposer uniquement sur des bénévoles pour faire l’ensemble de ce travail. Cela évite d’épuiser les personnes les plus motivées et permet à quelques personnes d’y consacrer un temps important et ainsi offrir un support plus large, plus rapide et plus étendu.

Or, dans un budget, ce qui coûte le plus cher, c’est bien la rémunération des personnes (pour information, le Réseau Transition rémunère chaque employé au même niveau de salaire, celui de la commission paritaire du non-marchand).

Comment trouver un équilibre entre l’énergie que demande la recherche de fonds et nos activités ?

Ce temps passé à chercher des financements et à justifier ceux que nous avons reçus n’est pas du temps que nous pouvons consacrer à développer nos actions de soutien aux Initiatives. Peux-t-on se permettre d’arriver à des situations, comme je l’ai déjà vécu au sein d’autres associations, où 4 personnes se chargent de rechercher des fonds et répondre aux obligations administratives légales et une personne se consacre au développement de projets ? Comment trouver cet équilibre entre santé financière et développement des activités ?

Les sources permettant à des personnes de vivre de leurs activités au sein du Réseau Transition, dans notre système actuel, se résument à chercher des moyens financiers, de l’argent. Je limiterai ma réflexion à trois moyens : les subsides publics ou privés, les activités rémunératrices et les dons individuels et ressources propres.

Les subsides

Demander des subsides demande du temps et de la préparation. Par ailleurs, les moyens de demander ces subsides ne sont bien souvent pas adaptés à la manière dont veut fonctionner le Réseau. Que répondre à la question « Et où vous voyez-vous dans 3 ans ? » alors que nous avons fait le choix d’avoir une gouvernance flexible qui s’adapte à un contexte changeant et aux demandes des initiatives ? Comment expliquer que, oui, nous avons les capacités de réaliser de grands projets alors que légalement nous n’existons que depuis 2 ans ?

Et surtout, que faire face à des interlocuteurs qui aimeraient bien qu’on fasse un peu plus de ça, ou moins de ceci ? Jusqu’à quel point essaie-t-on de plaire pour obtenir un financement vital et à quel moment refuse-t-on d’être utilisé ?

Les activités rémunératrices

L’équipe du Réseau Transition a développé de belles compétences, par exemple en intelligence collective et en gouvernance. Pourquoi ne pas mettre ces compétences à profit auprès de compagnies et ainsi dégager un revenu ?

Oui mais :

Quel pourcentage de nos activités doit être consacré à des activités génératrices de revenus ? Doit-on embaucher une personne qui irait dans les entreprises pour pouvoir payer celle qui forme les citoyens ? Et envoie-t-on le (la) meilleur(e) aux entreprises parce que eux, ils paient ?

A-t-on envie de former toute les entreprises à des méthodes innovantes ? Le greenwashing existe mais ne doit-on pas faire également attention au « gouvernance wahsing » ? Comment juger la volonté d’une entreprise de véritablement vouloir changer sa manière de fonctionner ?

Peut-on réellement devenir financièrement autonome de cette manière sans compromettre notre raison d’être ?

Et devons-nous être rentable ? Est-ce logique de demander à un service à la population d’être rentable ? Sans vouloir pousser trop loin la comparaison, un hôpital doit il être rentable ou doit il fournir des soins de santé de qualité à tous ?

Les dons individuels et les ressources propres

Peut-on se reposer sur les dons individuels comme le font tant d’autres associations ?

Même en passant sur le fait que demander de l’argent à des individus demande parfois autant, voire plus d’énergie encore que de demander des subsides, cette approche me rend, à dire vrai, inconfortable.

Pourquoi devons-nous encore faire contribuer le citoyen? Et peut-on vraiment demander de l’argent à des personnes sont déjà fortement engagées, parfois même au point d’avoir mis en pause leur propre source de financement (en réduisant leur temps de travail pour se consacrer à leur Initiative par exemple) ?

Dans le même ordre d’idée, combien demande-t-on pour nos services de soutien et nos formations ? Quel équilibre peut-on trouver entre des prix abordables et la rémunération nécessaire ? Nous voulons que de plus en plus de personnes s’autonomisent et développent leurs capacités à rendre le monde plus résilient mais nous ne pouvons pas le faire sans répondre aux besoins vitaux des organisateurs et des formateurs.

Alors, peut-on fonctionner autrement ?serpend queue

Comment faire en sorte que les activités du Réseau Transition se développent, tout en conservant notre autonomie ?

Peut-on faire appel à encore plus de travail bénévole ? Comment pouvons-nous reconnaître ce travail non salarié et s’assurer que les besoins des personnes les plus impliquées soient couverts ?

Dans nos rêves, nous songeons à une monnaie complémentaire qui permette à chacun d’échanger le temps passé à développer les activités du Réseau Transition en de la nourriture, des activités culturelles, ou tout autre réponses à ses besoins ; nous pensons allocation universelle. Mais pour réaliser ces rêves, il faudrait pouvoir y consacrer du temps et des ressources humaines… le serpent se mord la queue.

Bref, des questions, des questions… et vous, vous avez des éléments de réponse à tout ça?

questions


Puisque vous êtes ici…

…nous avons une faveur à vous demander. Il n’y a jamais eu autant de monde à s’impliquer dans le mouvement de la Transition en Belgique et à travers le monde, mais il est pourtant de plus en plus difficile de financer nos missions de base : favoriser l’émergence et le déploiement de la Transition à travers des formations, du support, des événements, des témoignages…

Si toutes les personnes qui sont impliquée ou lisent et apprécient les contenus sur notre site contribuent financièrement, l’action du Réseau Transition sera pérennisée et renforcée. Même pour 5 €, vous pouvez soutenir la Transition - et cela ne prend qu’une minute. Merci !

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One thought on “Histoire de sous et de points d’interrogation

  • 20 mars 2016 at 15:15
    Permalink

    Merci Mayliss pour cette réflexion. Voici une réponse parmi d’autres…

    « Peux-t-on se permettre d’arriver à des situations, comme je l’ai déjà vécu au sein d’autres associations, où 4 personnes se chargent de rechercher des fonds et répondre aux obligations administratives légales et une personne se consacre au développement de projets ? »
    Non évidemment. Tu mets le doigt sur une caractéristique majeure de bon nombre d’associations non-marchandes : un manque total d’efficience par rapport à l’objectif explicite. Ce qui compte avant tout c’est la pérennité de l’association pour elle-même, pour ses membres et non pour ses bénéficiaires.

    « Doit-on embaucher une personne qui irait dans les entreprises pour pouvoir payer celle qui forme les citoyens ? » Non évidemment. Tu mets le doigt sur une caractéristique de l’économie contemporaine : faire tout et n’importe quoi pour engranger de l’argent. Des centaines de milliers de « sugar babies » proposent leurs charmes les plus intimes à des hommes nantis…

    Et si « demander de l’argent à des individus demande parfois autant, voire plus d’énergie encore que de demander des subsides », alors ce n’est manifestement pas le bon plan non plus…

    Monnaies complémentaires, allocation universelle, circuit court,… Peut-être du rêve aujourd’hui. Probablement une nécessité pour bientôt. Selon certaines études, au cours de 20 prochaines années, l’automatisation va provoquer le déclin de la société fondée sur le salariat : 50 % des emplois devraient disparaître en Belgique. L’info vient du bouquin de Michel Bauwens, auteur de « Sauver le monde » (Editions Les Liens qui Libèrent). Selon lui, nous sommes arrivés à une transition où le pair à pair, le travail collaboratif horizontal volontaire pourrait prendre progressivement le dessus face au capitalisme et, grâce à l’efficacité d’un travail passionné, librement investi, permettre de répondre aux défis immenses auxquels le monde est actuellement confronté.
    Petit tour sur Internet. En juin prochain, les Suisses seront appelés à s’exprimer sur le bien-fondé de l’instauration d’un « revenu de base inconditionnel », une allocation universelle de 2.300 euros versée chaque mois à chaque citoyen, sans contrepartie. Dès 2017, la Finlande versera 1.000 euros par mois à chaque citoyen et deviendra ainsi le premier État membre à tenter l’expérience. Le Québec, moins ambitieux, envisage un versement annuel de 12.600 dollars canadiens (8.191 euros), soit 680 euros par mois environ… Pour rappel, l’allocation universelle avait été plébiscitée chez nous par le G1000, ce groupe de citoyens tirés au sort pour débattre des priorités pour la société belge. Quand c’est qu’on relance sérieusement la proposition chez nous ?

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