Climat, nucléaire… Etre lucide rend la vie plus vibrante, mais empêche parfois de dormir.

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Le creusement de la mare au jardin, ça avance bien plus vite avec un groupe sympathique !

Hier soir, après une belle journée bien remplie, entre une présentation des initiatives de transition aux responsables des agenda 21 bruxellois, du travail de bureau et deux heures passées au jardin pour creuser une mare et avancer dans la mise en place de mon jardin avec quelques jeunes intéressés par la permaculture (la plus belle partie de la journée), j’étais tranquillement occupé d’écouter de la musique en lisant…

D’abord un article de Sophy Banks « Climate change – if we were rational, we’d have it sorted by now » et ensuite un autre de Pablo Servigne intitulé : « Le nucléaire pour l’après pétrole ?« .

Notre relation aux changements climatiques

L’article de Sophy explore la relation que nous pouvons avoir avec les événements liés aux changements climatiques, comme par exemple le dérèglement des saisons dont les agriculteurs témoignent assez facilement, ou les événements extrêmes de plus en plus nombreux tel que l’Europe en a connu ces derniers mois. Pourquoi ces enjeux scientifiquement très clairs ne conduisent-ils pas à des décisions appropriées ? Pourquoi les liens potentiels entre ces événements et les changements climatiques sont-ils si rarement abordés dans les médias, et si peu présents dans les conversations ? C’est comme si nous avions peur d’en parler. Mais quel impact ces événements et l’évitement de ces conversations peuvent-ils avoir sur nos vies ? Dans la vie pratique de tous les jours, mais aussi émotionnellement ?

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Sophy Banks

Sophy rappelle dans son article que les théories économiques classiques postulent que nous sommes des êtres rationnels et que si nous avons la connaissance de l’information, nous ferons des choix rationnels. Mais aussi que les entreprises et publicitaires ont bien compris que les personnes sont davantage guidées par leurs émotions, leur identité, leurs aspirations et leurs peurs, et que cela pouvait être utilisé pour leur vendre des choses… De la même façon, il ne suffit pas de donner une information correcte pour que les personnes entrent en transition. Mais comment nos initiatives peuvent-elles accompagner ces prises de conscience et amener à l’action sans entrer dans la manipulation comme le fait la publicité ? Comment intégrer ces questionnements et les ressentis qui vont avec, afin que le chemin de la transition nous permette d’avancer de façon plus harmonieuse dans notre transition intérieure et personnelle en même temps qu’à travers nos projets collectifs ? Les initiatives de transition à travers le monde expérimentent diverses façons d’y arriver, et l’expansion du mouvement montre que si nous n’avons pas toutes les réponses, nous sommes sur le bon chemin.

Vous voulez en apprendre plus sur la Transition Intérieure ? sachez que je travaille avec Vincent pour développer ces aspects en Wallonie et à Bruxelles. Il y a par exemple deux groupes pilotes à Ath et Liège, ainsi qu’une formation qui se prépare pour les 12 et 13 avril, et nous participons à un groupe international du Transition Network coordonné par Sophy.

Le nucléaire est-il résilient ? Et comment recevoir ces informations ?

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Pablo Servigne

Sur fond d’une musique intense et profonde, j’ai ensuite lu l’article de Pablo. Je dois dire que je le gardais depuis un moment dans ma liste de lecture, sans trop oser m’y plonger. D’une part parce sans être spécialiste, je connais assez bien le sujet. Mais aussi de peur des informations angoissantes que je pourrais y trouver. Sans entrer dans les détails que vous découvrirez bien mieux expliqués dans l’article de Pablo, on y lit entre autre que le nucléaire est déjà en déclin avancé, qu’il est très loin d’être neutre en CO2 quand on considère toute la filière. Pablo explique aussi pourquoi l’industrie nucléaire n’est pas résiliente, notamment à cause de son incapacité à fonctionner et gérer ses déchets dans un contexte incertain marqué par les changements climatiques, les récessions économiques et la fin du pétrole abondant et bon marché.

Mais si j’ai commencé à écrire, c’est d’abord pour vous partager mon vécu de la lecture de l’article de Pablo. Car même si j’avais déjà conscience de la majorité des informations qui s’y trouvent, cette lecture a provoqué chez moi de l’angoisse, de la peur et beaucoup de tristesse. De la colère aussi. Je me suis retrouvé figé, comme paralysé devant mon ordinateur. Qu’est-ce que j’allais faire de cette information et de ce vécu ?

Josué Dusoulier
Hé, mais c’est moi !

J’aurais pu réagir en envoyant son article à tous mes contacts, cela allait mobiliser pour le changement. Mais comme rappelé plus haut, l’information n’est pas suffisante pour passer à l’action.  J’aurais aussi pu imaginer de nouveaux projets pour contrer ces problématiques. Mais j’en fais déjà tellement…  et il faut aussi du temps pour se ressourcer et se reposer. Une autre possibilité aurait été de refouler ces émotions, car j’avais beaucoup de choses importantes à faire le lendemain et pas de temps à perdre pour des émotions (une réaction bien ancrée dans notre culture). Mais refouler ses émotions est une bonne façon de se diriger vers une vie déshumanisée et solitaire, voire même vers l’épuisement. Je me suis alors dit que je ne suis certainement pas le seul à vivre de tels moments. Ces émotions sont une marque de mon humanité et de mon appartenance au monde vivant. Dans ce cas pourquoi ne pas simplement porter attention à ce qui m’arrivait et voir ce que cela m’apprendrait ?

J’écoutais toujours de la musique alors que le temps passait et qu’il commençait à se faire (très) tard. Impossible d’aller dormir. De l’inquiétude et de nombreuses pensées pour mes enfants, ma famille, mes amis, les beaux projets de transition, pour la nature et toutes les formes de vie sur terre… J’ai aussi ressenti beaucoup de gratitude et d’admiration pour Pablo qui, pour se documenter et écrire son article, a dû faire preuve de beaucoup de courage… J’ai finalement trouvé le sommeil.

Le matin, j’étais fatigué et courbaturé, encore comme paralysé. Le découragement et la tristesse dominaient et je n’arrivais pas à les exprimer, je ne voulais pas faire peur à ma famille. Cela m’a rappelé l’après découverte de films comme « The end of Suburbia » ou « Sans lendemains ». Comme l’article de Pablo, ils sont très informatifs et nous permettent d’être lucides sur l’état du monde, de mettre en place des projets appropriés. Mais la prise de conscience est aussi très angoissante et plutôt que de mettre en action, elle peut paralyser, faire fuir ou fermer les yeux sur la réalité. Raison pour laquelle je déconseille de regarder ces films seul chez soi, mais plutôt avec d’autres, et de pouvoir partager votre vécu. Lorsque j’ai vu ces films pour la première fois, et que nous avons échangé sur ce qu’ils signifiaient pour nous, pour nos projets de transition, il m’avait fallu quelques jours pour retrouver mon énergie… Mais ce matin, après un temps de réflexion confuse, j’ai décidé de partager par écrit mon vécu de cette expérience, peut-être que cela pourrait aider d’autres personnes à traverser des moments similaires.

Trouver une utilité et un sens à ce que je vivais m’a libéré, et j’ai pu me remettre en action. Mettre des mots sur ce vécu m’a aidé à me sentir plus apaisé. Non que le contexte se soit amélioré ou que je l’aie déjà oublié. Mais l’acceptation de ces émotions, y avoir porté attention, avoir pu les exprimer et les avoir intégrées à ma façon d’agir me donne un sentiment de justesse et de cohérence personnelle. Et au moment de terminer mon article, alors qu’hier et ce matin j’étais un peu perdu, je me sens plus apte à prendre les décisions adéquates pour mes actions futures.

Pour conclure

Le chemin de la transition vers un mode de vie préférable et soutenable sera sans doute encore long. La bonne nouvelle est que si nous acceptons de nous confronter à nos blessures et à nos fragilités, nous pourrons aussi atteindre notre potentiel et réaliser de belles choses. J’observe autour de moi que ce chemin rend bien plus heureux que le déni de la réalité actuelle. Cet état où on se laisse manipuler par la société de consommation, bien organisée pour nous aider à oublier les conséquences de nos actes et où on oublie aussi qui nous sommes vraiment.

La semaine dernière, lorsque nous avons tenu notre groupe de transition intérieure, à Ath, nous avons vécu un moment très riche, très fort. La thématique était la suivante : « Comment se ressourcer et entretenir notre enthousiasme alors même que les défis à relever sont si nombreux ». Pour relever ces défis, nous aurons besoin d’enthousiasme, de prise de risque, de plaisir, de joie, de créativité, de relations authentiques et de persévérance…  Une des clés est sans doute de rester connecté à soi-même, à ses propres sensations et aspirations. De garder en mémoire ce qui nous a attiré vers la transition et de cultiver cette partie dans laquelle nous prenons du plaisir et trouvons du sens. Nous avons besoin d’apprendre à porter attention à nous même autant que de mettre en place des projets concrets.

Je vais maintenant profiter de cette fin d’après-midi ensoleillée pour aller prendre soin de moi, de ma famille et de mon jardin avec les enfants…

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On plante en famille !

 

 


Puisque vous êtes ici…

…nous avons une faveur à vous demander. Il n’y a jamais eu autant de monde à s’impliquer dans le mouvement de la Transition en Belgique et à travers le monde, mais il est pourtant de plus en plus difficile de financer nos missions de base : favoriser l’émergence et le déploiement de la Transition à travers des formations, du support, des événements, des témoignages…

Si toutes les personnes qui sont impliquée ou lisent et apprécient les contenus sur notre site contribuent financièrement, l’action du Réseau Transition sera pérennisée et renforcée. Même pour 5 €, vous pouvez soutenir la Transition - et cela ne prend qu’une minute. Merci !

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4 thoughts on “Climat, nucléaire… Etre lucide rend la vie plus vibrante, mais empêche parfois de dormir.

  • 28 mars 2014 at 05:38
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    Merci pour ce magnifique témoignage, Josué. L’attention est un important facteur d’éveil.
    A sa lecture, je suis ému et enthousiaste à aller de l’avant.
    Bien à toi,
    Thierry

    Reply
    • 28 mars 2014 at 14:32
      Permalink

      Merci Thierry, il faudra qu’on se recroise un de ces jours 😉

      Reply
  • 18 septembre 2015 at 21:24
    Permalink

    Il n’est jamais trop tard pour lire et commenter. Je suis profondément touché par ton texte et l’expression de tes ressentis ; j’ai commencer à lire le livre de Pablo « comment tout peut s’effondrer » et je n’ai pas pu continuer….trop dur ! J’ai ressentis les mêmes émotions que toi, il faut le temps qu’elles descendent et puis la vie reprend avec une nouvelle énergie de changement et chaque fois plus forte. J’ai peur et en même temps plein d’enthousiasme. Encore merci pour ce partage. Serge Claeys.

    Reply
    • 29 septembre 2015 at 15:24
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      Merci pour ton retour, Serge.
      Etre attentif à ses ressenti, les exprimer, est d’une grande aide pour pouvoir ensuite passer à l’action, ou s’y remettre 🙂
      Bon cheminement !
      Josué

      Reply

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